Piano Club
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La vérité est ailleurs...    

Quand il ne joue pas avec Hollywood Porn Stars, Anthony Sinatra s’invente un ailleurs où les synthétiseurs penchent en faveur de Piano Club. Ce projet de longue date, ouvertement tourné vers une esthétique rétro-futuriste, se concrétise aujourd’hui à travers ‘Andromedia’, premier album mis sur orbite aux confins des galaxies de la pop moderne. Là où la réalité dépasse parfois la fiction. Alors que la terre s’embrase pour les albums de Yeasayer, Metronomy ou MGMT, Piano Club s’applique à faire briller les étoiles. Et ça fait rêver…

Avec le temps, on a souvent pensé que Piano Club était un loisir, un projet scénique qui te permettait de changer d’air… Avais-tu la certitude d’un jour sortir cet album ?

Anthony Sinatra Dans la genèse du groupe, tout a commencé comme un loisir. On jouait le dimanche, entre amis, dans la cave de mes parents. C’était ça ou jouer au foot dans les champs ! Mon implication dans le paysage musical découle de ma rencontre avec Redboy : on a monté un truc sans trop y croire (Hollywood Pornstars, ndlr) et ça a marché... Mais le week-end, je continuais les répétitions avec les potes. À l’époque (en 2002), on ne le savait pas, mais il s’agissait des bribes de Piano Club : on jouait ensemble, mais on n’avait pas de nom de scène. Plusieurs fois, on a voulu enregistrer des morceaux, mais on était toujours rattrapé par le calendrier des autres projets… Début 2007, une pause de deux mois s’est présentée. C’est à ce moment qu’on a vraiment commencé à avancer. On a bossé avec Niek Meul de Das Pop, Strictly Confidential nous a pris en édition et a décidé de sortir un single éclaireur (Girl on TV). La boîte d’édition a fait écouter ce morceau à Philippe Zdar (Cassius) qui l’a apprécié et a accepté de bosser dessus. C’est comme ça que Girl on TV est sorti en radio. Sur base de cette chanson, on a monté une tournée estivale. À partir de là, l’envie de finaliser un album s’est précisée. Il y a un an, on a commencé à se revoir sérieusement et à composer de nouveaux morceaux…

Pour mixer le single Girl on TV, vous aviez fait appel à Philippe Zdar, leader de Cassius et producteur du dernier album de Phoenix. Pourquoi ne pas lui avoir demandé de bosser sur l’album ?

Il y avait une possibilité, mais les délais ne s’y prêtaient pas. Il était en train de bosser sur les nouveaux disques de Rapture et Chromeo. Puis, travailler avec lui, ça représente un certain budget : même si Philippe aime le groupe, il ne besogne pas gratos ! Au final, on s’est tellement concentré sur la conception de cet album qu’on imaginait mal refiler sa conception à quelqu’un d’extérieur au groupe. Si c’est juste pour coller des noms prestigieux sur un disque, ça n’a pas de sens ! On a donc décidé de tout faire à la maison, à trois.

Quand as-tu commencé à t’intéresser aux sonorités synthétiques et aux possibilités qu’elles offraient ?

Les sons des vieux claviers analogiques, ça a toujours été une lubie. J’ai grandi dans un environnement propice : mes parents achetaient un disque par semaine. Ça allait de la pire variet’ à des trucs mortels. Là-dedans, j’avais des disques cultes, comme la bande son de Xanadu par Electric Light Orchestra. Le son est totalement rétro futuriste, magnifique. Certaines productions de Kim Wilde me parlaient aussi. Même si, avec Piano Club, je ne voulais surtout pas sonner trop eighties. On me parle souvent de cette touche synthétique et des années 1980. Mais on n’est pas Zoot Woman ou La Roux ! Je n’aime pas ces artistes pour lesquels ce revival s’apparente à un fonds de commerce. Oui, on a utilisé des claviers analogiques, mais on a essayé d’y injecter une dose de modernité.

Dès le départ, Piano Club a joué avec des éléments propres à une vague pop synthétique qui, aujourd’hui, connaît un emballement médiatique (avec MGMT, Yeasayer ou Delphic). Ce n’est pas frustrant d’arriver avec une musique que vous avez toujours défendue pour, en bout de course, rejoindre le peloton ?

Loin de nous l’idée d’avoir inventé quoi que ce soit. Nous, on a juste enregistré des chansons comme on l’entendait, sans contrainte. Maintenant, des disques comme ceux-là m’encouragent. S’ils étaient sortis dix ans plus tôt, je crois qu’ils se seraient fait massacrer par le public et la presse. Après, il y a une chose qu’il faut garder à l’esprit : quand Yeasayer et MGMT débarquent de Brooklyn et sortent un album, ils ont mille fois plus de crédit qu’un groupe belge installé à Liège. Si ça vient de Brooklyn, les journalistes auront tendance à penser qu’il s’agit de « the next big thing ». Quand tu viens de Liège, on pense aux pires trucs : « Les mecs ont écouté Toto ou quoi ? »

L’album s’intitule Andromedia. C’est aussi le nom d’un film japonais. Et, dans le clip du single Love Hurts, Piano Club s’inscrit également dans une imagerie propre aux séries télévisées japonaises. Au fond, c’est quoi l’idée ?

Tout ça est assez cohérent et, paradoxalement, totalement involontaire. Pour le clip de Love Hurts, les réalisateurs sont arrivés avec toutes les idées. Ce n’est pas nous qui les avons poussés vers ces plans -à. Au Japon, le clip a déjà été vu à de nombreuses reprises sur le web. On a peut-être une carte à jouer là-bas ! (Sourire) Pour le titre Andromedia, on cherchait quelque chose qui en dise long… sans trop en dire. J’avais lu un article sur une expérience : on avait enfermé des journalistes dans une maison. Pour s’informer de l’actualité du monde extérieur, ils pouvaient exclusivement utiliser Twitter et Facebook. Depuis cette bicoque, ils devaient donc essayer de découvrir la part de vérité qui se détachait des informations balancées par les gens sur les réseaux sociaux. J’aimais bien l’idée d’associer le concept d’androgyne aux médias modernes. Sur base d’une contraction farfelue, j’en suis arrivé à « Andromedia ». Et, en tapant, le mot dans le moteur de recherche Google, on s’est rendu compte qu’il s’agissait également d’un film japonais : il met en scène un groupe de rock féminin et le scénario est assez barré...

Propos recueillis par Nicolas Alsteen

Piano Club, Andromedia (JauneOrange Records/Rough Trade)

www.myspace.com/pianoclub