Dans l'ancienne gare des bus de la Sauvenière, idéalement située au coeur de Liège, le Reflektor monte le son depuis mars dernier. Un lieu de concert et un café bienvenus dans le paysage. Ici, on joue musicalement la diversité et spatialement la longueur, en référence à l'affectation passée.

Derrière les reflets de la haute façade vitrée, les lettres de son nom se voient de loin. L'enseigne du Reflektor s'inscrit au bout des ruelles d'un centre liégeois peu à peu re-dessiné ces dernières années, en plus grand, en plus convivial. De nouveaux commerces sont arrivés. Des terrasses ont surgi des pavés dans la rue de la Casquette, élargissant ainsi le Carré. Les rues piétonnes viennent s'échouer à l'entrée de la place Xavier Neujean. Juste en face, un Foodtruck, des chaises et des tables métalliques en terrasse annoncent le nouveau club, un des projets occupant le rez de chaussée des anciens Bains et Thermes de la Sauvenière fraîchement rénovés et qui abritent aujourd'hui le complexe culturel de la Cité Miroir.

Station spatiale

L'imposant bâtiment des Bains est né dans les années trente de la volonté d'un échevin d'emmener la ville vers le progrès social. Ça passait à l'époque par ce que l'on appelle l'hygiénisme, ou l'accès au sport au plus grand nombre. La conception de l'ensemble a été confiée à l'architecte Georges Dedoyard, auquel on doit aussi à Liège, entre autres, le Pont des Arches ou le grand magasin  «Au Bon Marché», plus connu aujourd'hui sous le nom de Galeria Inno. L'édifice affiche les caractéristiques modernistes : béton, lumière, refus de l'ornement, fonctionnalisme. Commencé en 38, inauguré en pleine guerre en 42, il en vient à représenter architecturalement, avec son style Bauhaus banni par les nazis, un symbole de résistance. Puissante structure de béton ouverte à la lumière, la construction abrite en hauteur deux bassins de natation sous une impressionnante voûte de verre, des salles de sport, ou encore une salle de billard et même un dancing, sans oublier la gare des bus située au rez-de-chaussée, mise en service plus tardivement. Les Bains et Thermes de la Sauvenière restent en service jusqu’en 2000 et fabriquent les souvenirs nostalgiques de nombreux liégeois. Ils sont ensuite fermés pour raisons de sécurité. Abandonné, dégradé, -on parle même de démolition-, le complexe sanitaire et sportif est heureusement classé en 2005 monument au Patrimoine wallon grâce à une mobilisation citoyenne. Les projets émergent mais les histoires de réhabilitation sont souvent de longue haleine. La Cité Miroir sera finalement inaugurée fin 2014.

Dynamique urbaine

Liège manque, depuis l'arrêt «terminus» de la Soundstation en 2008, d'une salle de concert de jauge moyenne. La ville met alors à disposition l'espace transformé des anciens quais, côté gauche, sous la Cité. Dans l'aménagement du Reflektor, les références abondent. Une cabine-guichet d'époque, déposée à l'entrée, sert par exemple  à la vente des tickets. Le bar au lattis de bois rythmé respecte la cohérence vintage. Les portes à hublot du fond du café sont inspirées par celles de la piscine. Côté technique, rien d'ancien. La salle de 600 personnes (debout) est entièrement recouverte de panneaux de bois perforés, et possède,- un bureau spécialisé s'en est chargé-, l' une des plus belles acoustiques que j'aie pu expérimenter, déclare le peu loquace mais très actif Fabrice Lamproye, co-gérant du lieu via l’ASBL Festiv@Liège et fondateur à l'époque du café l'Escalier, ancien également de la Soundstation et organisateur de nombreux festivals (Les Ardentes). Au sous-sol s'alignent des loges spacieuses avec douche, un coin gatering. Ici aussi la touche vintage reste efficace, dans un esprit industriel sans fioritures. Au mur du couloir, des photos sépia de la gare des bus dans les années cinquante, dans toute sa moderne splendeur.

Réflection

Inaugurée en mars, avec un concert du groupe belge Oscar and the Wolf, le Reflektor (inspiré du titre d'Arcade Fire et clin d'oeil en miroir à la Cité) joue son rôle dans la re-dynamisation du quartier. À côté, il y a encore le très architecturé cinéma Sauvenière et tout concorde à ce que la Place Neujean redevienne un des passages préférés des citadins. Comme elle le fut au temps des bains ou à l'âge d'or de la gare des bus. Liège évolue ? Elle n'est pas appelée ardente pour rien, remarque encore Fabrice Lamproye. Mais il y a encore des choses à faire. Il faudrait que les Liégeois se bougent un peu plus. Le public a suivi le mouvement mais son renouvellement est un autre défi. Des gens se déplacent… mais surtout de Maastricht.

La salle, membre du réseau Plasma, diffuse des musiques actuelles (rock, pop, electro, urban, world/jazz et autres), accueille en concert ou en résidence des artistes de la nouvelle scène belge, et propose des groupes plus confidentiels. Le club, nouveau lieu dynamique, toujours réflecteur de la modernité de son temps, réverbère aujourd'hui sinon la lumière, du moins le son, avec effet amplificateur.


Reflektor
Place Xavier Neujean, 24 – 4000 Liège

www.reflektor.be