Ils ont des boulots à plein temps, et certains même des gamins, mais quand il s’agit de musique et de leur groupe, ils vivent encore cette naïveté des premiers jours. Avec A Supernaut, Thomas Venegoni, Nicolas Dekeuster et Jean-François Hermand font les choses sérieusement mais sans se prendre au sérieux. Pour l’heure, ils jouent le jeu du premier album. Un album intitulé La Menace
 

Vous n’en êtes plus à votre première expérience de groupe, mais avec A Supernaut, vous avez dépassé le simple plaisir de vous éclater, non ?
​Thomas :
Personnellement, complètement ! On m’a toujours dit que je m’éparpillais beaucoup entre théâtre, musique, recherche de boulot… Il y a un an et demi, j’ai mis plein d’activités entre parenthèses. Déjà parce que j’ai trouvé du boulot, et puis parce que j’avais envie de me consacrer à une chose qui me plaisait. Là, avec A Supernaut, j’ai l’impression de n’avoir qu’un seul truc et l’envie de le dire uniquement par ce biais.
Nico : Et puis, c’est le premier sans compromis. Sans qu’on se concerte, tout le monde parle avec la même voix et se met au service du projet, alors que la musique qu’on fait, ce n’est pas tout ce que nous écoutons tous. Et c’est la première fois où il n’y a pas à gérer les ego, les conflits créatifs. Si un jour ça casse et que chacun repart dans d’autres groupes, on aura au moins vécu ce bazar-là.
JF : On avait déjà ça quand on était à quatre (avec Phyl Bautzer à la guitare, aussi repéré dans Ed & June, Zacharia… - ndlr) et c’est devenu naturel, très instinctif depuis qu’on est à trois. Une fois qu’on est dans le local, ça sort, très brut, avec du lâcher-prise, mais en même temps sans essayer de prendre un train qui passe ou qui est déjà passé. Ça aurait été tentant de suivre la vague garage punk : j’adore Ty Segall. Mais j’ai plutôt envie qu’on fasse notre truc, sans nous soucier de sonner seventies, eighties, nineties ou d’inventer quelque chose.

Il a quand même fallu vous trouver un son ?
Nico :
Il y a eu un gros travail là-dessus, sur la direction que nous voulions prendre, pour une question de cohérence, mais ça a finalement été assez facile parce que tout le monde parlait la même langue.
Thomas : Quand on a fait Artcore (le premier E.P. - ndlr) avec Phyl, on s’est super bien marrés. Tout partait de la jam, il se produisait une sorte d’émulation, et je touche du bois pour que ça continue aussi facilement. Le truc, c’est que ça ne devait pas être un groupe à la base, mais ça s’est fait : Nico et moi, on a composé quelques morceaux et on les a présentés en disant que c’était clairement la direction qu’on voulait suivre. Et pour nous trois, ça a marché, en termes de satisfaction personnelle.

À côté de ce local de répète que vous voyez comme une aire de jeu, l’album, c’est tout de suite une démarche plus sérieuse.
Thomas :
Ça pourrait foutre la m… entre nous trois ! Depuis que tout a été fait sur maquette, ça a traîné, on s’est pris la tête, c’est trop long pour nous ! À un certain moment, ça a été risqué, ça ne l’est plus, mais là maintenant, il faut qu’il sorte !
JF : On veut faire les choses convenablement, mais ce qui peut parfois nous bloquer, c’est ce côté « métier », tout l’aspect stratégique, marketing… Tu ne peux pas vivre sans, mais ça, c’est dur à gérer. Se retrouver dans la musique comme au boulot, pour moi, c’est un peu ce qui tue ce « kick d’ado », quel que soit le genre.

Comment résumeriez-vous La Menace ?
Nico :
L’album est radicalement différent de Artcore, dans l’intention, dans le son. Parmi les anciens morceaux, Ice  est le seul qui nous représente encore.
Thomas : Musicalement, nous sommes revenus à nos premières amours, et dans le format, nous avons eu la volonté de composer des chansons.
Nico : On est vraiment partis vers quelque chose d’un peu plus dark. JF a une chouette formule, il dit toujours qu’on essaie de faire un pont entre Cure et Black Sabbath.C’est un peu notre leitmotiv maintenant quand on écrit.

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En concert le lundi 20 février au Chaff à  Bruxelles (Marolles)