De retour de Chine où ils ont donné sept concerts, Charlotte Maison et David Baboulis lancent en orbite Forever, un cinquième album  placé sous le signe du mouvement. L'occasion rêvée pour revenir sur le parcours singulier du duo bruxellois dont la liberté artistique est prise en modèle par toute une nouvelle génération.

La scène se déroule en septembre 2016, au Fly Away, en Corse, où Soldout est l'une des têtes d'affiche glamour. Le duo bruxellois profite de la première édition de ce festival belge «all inclusive», délocalisé dans un Club Med, pour essayer une nouvelle formule live, avec un batteur additionnel, et tester une poignée d'extraits de son nouvel album Forever, alors en cours de finition. Après avoir mis le feu en bord de plage, Soldout se fait aborder par le jeune trio électro-pop Ulysse. Les mecs sont venus spontanément vers nous, se souvient David Baboulis, moitié de Soldout. Ils nous ont dit que, gamins, ils écoutaient  en boucle notre premier album Stop Talking (sorti en 2004 - ndlr). Ils ont ajouté qu’ils admiraient notre démarche artistique et la manière dont nous avions mené notre parcours.

Le compliment est loin d'être isolé. Chose rare dans le paysage musical francophone, Charlotte Maison (chant, synthés, programmations) et David Baboulis (synthés, programmation) font l'unanimité. Ils ont acquis non seulement le respect du public mais aussi celui de la critique et de leurs pairs. Leurs amitiés avec les membres de Girls In Hawaii, ceux des Vismets, Montevideo ou de Ghinzu sont bien connues. En Corse, c’est Alexandre De Bueger du groupe bruxellois Alaska Gold Rush qui a accepté de les accompagner sur scène. Et dans le clip de Do It Again, première chanson extraite de Forever, ce sont pas moins de vingt musiciens qui s’invitent derrière les fûts. De Catherine de Biasio (Blondy Brownie, Agnes Obel) à Simon Le Saint (Stromae) en passant par Richard 23 (Front 242) ou Bert Libeert (Goose), ce sont plusieurs générations de talents belges qui cautionnent  ainsi leur attachement au groupe. Et ça fait plaisir à voir.

Ensemble dans la vie comme sur scène, inséparables même, Charlotte et David forment un binôme attachant, sexy, moderne, fragile, toujours dans l’air du temps et pourtant loin des tendances éphémères. Habitués à travailler à deux dans une relation professionnelle qui se confond avec le privé, Chalotte et David n'ont même plus de manager aujourd'hui. Tom, la dernière personne qui gérait notre carrière, est devenu boulanger. Et il fait du bon pain, rigole Charlotte. Nous n'avons jamais été dans une grosse structure. On fait tout nous-mêmes mais ça porte ses fruits. On peut traiter en direct à l'étranger sans intermédiaire et concrétiser plus rapidement les choses. Après notre album More en 2013, nous sommes partis au Mexique, à Miami, à New York. On a fait le festival South By Southwest à Austin. La tournée en Chine de décembre 2017, c'est grâce à un agent local qui nous a contactés via notre Facebook.  On se rend compte aussi que notre manière de fonctionner en self-management et avec un contrôle total du projet est particulièrement en phase avec ce que font les jeunes groupes aujourd’hui. Nous, de notre côté, on se sent encore comme un groupe en développement même si nous avons cinq albums à notre actif.

Débuts fracassants
Flashback. En 2004, la scène francophone est en pleine ébullition.  Girls In Hawaii  a sorti son acte fondateur From Here To There un an plus tôt. Ghinzu balaie tout sur son passage avec Blow. L'hebdo musical anglais New Musical Express gratifie d’une note de 8/10 l’album Meeuws de Sharko. Il y aussi Jeronimo, Mud Flow, Yel... Derrière cette bande de Sacrés Belges, appellation non contrôlée que l'on doit alors au label Bang !, on entend beaucoup de guitares électriques. C'est dans ce contexte qu'apparaît Soldout. Sortie de ses études artistiques, Charlotte Maison et son compagnon David, musicien autodidacte, balancent le missile I Don’t Want To Have Sex With You, tube électrotrash  imparable que personne n'a vu venir. Lunettes noires, chevelure noire incandescente et cuir noir sur t-shirt blanc, Charlotte chante ce refrain en forme de slogan comme si sa vie en dépendait. Derrière elle, David triture ses machines. Clope au bec, yeux mi-fermés et tête qui bat la mesure, il impose un beat en crescendo oppressant. Un truc de dingue. Un truc de fou. Et, treize ans après, un moment d’extase incontournable de tous leurs concerts.

 I Don't Want To Have Sex With You ouvre fort logiquement leur premier album Stop Talking qui sort dans la foulée. À ce jour, ce titre reste le plus gros carton «commercial». Pour son deuxième album, Soldout prend, comme il le fera régulièrement par la suite, le contre-pied du précédent. Publié en 2008, Cuts n'abrite aucun I Don't Want To Have Sex With You. Il est plus sombre et plus expérimental. La palette s'enrichit sur More en 2013. De cet album qui s'ouvre à une dream pop éthérée, le public retient surtout le nerveux Wazabi. La marque Chanel, quant à elle, fait du langoureux About You sa bande-son pour le spot de son nouveau parfum Coco Mademoiselle. Interviewé à l'époque pour Moustique, David dresse déjà un premier bilan. Cuts a été plus difficile à enfanter que Stop Talking, reconnaissait-il. Nous savions que nous étions attendus et n'avions peut-être pas pris le recul nécessaire. Avec More, nous sommes conscients que nous devons passer un cap. C'est celui qui décidera si on continue ou pas.

More débouche sur une tournée euphorique mais c'est pourtant avec l'excellent soundtrack  de Puppy Love, film réalisé par Delphine Lehericey que ce fameux «cap» est franchi. Soldout sort en effet de la sphère électro. Son travail est plébiscité par les professionnels du cinéma et récompensé d'un Magritte. En janvier 2016, David Baboulis reçoit le D6bels Music Award dans la catégorie «Meilleur Musicien». Soldout Out obtient aussi une Octave de la Musique. Puppy Love était un challenge, nous l'avons relevé et ça nous a mis en confiance, précise Charlotte. De manière générale, on essaye de ne se jamais se répéter. Dès que nous partons dans une direction qui nous semble familière, on arrête. C’est devenu un processus naturel. On se rend compte aussi que plus Soldout avance, moins on a de règles.

Pour Forever, Soldout s'ouvre aux collaborations extérieures et fait appel à du sang neuf. L'album a été coproduit par Maya Postepskila batteuse du groupe canadien Austra, explique Charlotte. Non seulement, c’est une musicienne, mais elle a un vrai langage de productrice. Elle a produit quatre titres sur Forever, mais elle était présente durant tout le processus de réalisation de l’album. Humainement, musicalement et psychologiquement,  elle nous a beaucoup aidés. Pour sa prochaine tournée, Soldout sera accompagné d'un batteur. L'idée germait depuis longtemps. Mais il y avait une barrière pratique, note David. Charlotte et moi, on est en couple. On tourne très facilement à deux. Nous n’avons besoin que d’une chambre et d’une voiture pour entasser notre matériel. Un batteur, c’est une piaule en plus, du matos à trimballer, un cachet supplémentaire. Mais cette fois, on s’est dit que c’était cohérent. Forever est le premier album de Soldout qui n’est pas à 100% électro. Il y a de la batterie, des percussions, d’autres éléments joués à la main.

Sur la chanson Forever qui donne son titre au cinquième album du groupe, Charlotte chante «The end is just a new start» : La fin est seulement un nouveau commencement.   En interview, David a aussi cette réflexion : On s'est posé moins de questions que dans le passé avec Forever. On a foncé, comme s'il s'agissait de notre premier album… ou du dernier. Bref, autant de formules à double sens qui ouvrent de nouvelles pistes pour l'avenir.

 

En concert le 12 août - Place des Palais (Brussels Summer Festival)

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Soldout
Forever
Flatcat Recordings / Bertus Distribution