Ils ont fait un film, Dirty Coq, Boogie Snake et Devil D'inferno. Face à la caméra de Jérôme Vandewattyne, avec un coup de pouce de BeTV et Voo, notamment. Mais il y a peu de chance que vous puissiez le voir à l’Imagipolis du coin. Parce que bon, c’est quand même The Experimental Tropic Blues Band !

À l’origine était une envie de documentaire. Enfin, plus ou moins… La chose remonte à la confection du délire audio-visuel des Belgians, précédente incarnation du trio. Jérôme Vandewattyne, réalisateur amoureux du cinéma underground des années 70, œuvre alors au bidouillage des images accompagnant les concerts des Liégeois. À force, le garçon se met en tête de pouvoir utiliser un titre des Tropic pour un de ses (futurs) films : Et puis Jeremy m’a dit qu’avec les droits, la Sabam et tout, mes films fauchés et moi, on n’allait pas s’en sortir. Mais il a ajouté que si je voulais, ils me composeraient des morceaux. Deux conversations plus tard on cause documentaire. Puis tout part en sucette. La première idée, c’était des chats qui sortaient des cerveaux et tuaient tout le monde, se marre Jeremy «  Dirty Coq » Alonzi. C’est que Jérôme Vandewattyne a aussi grandi avec le Festival du Film Fantastique, le Bifff, où a été projeté son court-métrage Slutterball. Nous voulions commencer par faire croire que tout était hyper vrai, raconte le réalisateur. Avec un vrai groupe. Et puis qu’ensuite, ça devienne complètement barré. 

C’est finalement ce fil rouge-là qui a été suivi… À ceci près, corrige-t-on du côté des Tropic : On préférait l’horreur humaine à l’horreur… graphique, l’hémoglobine. Tout au bout (du fil rouge, vous suivez ?), il y a donc ce Spit’n’split, fruit de deux ans de tournées. D’une bible (comme pour les séries télé), faite d’une accumulation d’idées de plus en plus ahurissantes. Fruit aussi du temps passé avec le trio (plus Allan Snon, le Tropic de l’ombre), trio qui s’est progressivement lâché, jouant, certes, mais avec une sorte de vérité confondante. Et, bien sûr, le film est également le résultat d’heures et d’heures de rushes, au point qu’il a fallu appeler trois monteurs en renfort. Histoire de trier au mieux toutes ces images ramenées des tournées bien foireuses qui puent les caves sordides peuplées de cramés du cerveau, des trajets en van interminables, racontant les amitiés maladroites et la difficulté de cohabiter. Le tout saupoudré de Baby Bamboo, cette pipe magique qui permet de s'évader dans des songes psychédéliques.

Vous l’aurez compris, le film tient donc moins du néoréalisme italien que du spectacle dynamique mais bien à l’ouest ! J’imagine un cirque bizarre, commente son auteur. Comme dans Freaks de Tod Browning. C’est juste un spectacle étrange, tu ne sais pas où ça va aller. C’est ce que j’attends d’un film : qu’il me surprenne. Je voulais qu’il y ait à un moment des tournants très clairs dans l’histoire. Et petit à petit, le spectateur doit lâcher prise, se laisser aller. C’est d’abord l’hémisphère gauche qui travaille, puis l’hémisphère droit, et on part dans un truc complètement fou, bien aidé par la musique. 

La musique, justement… Composée et jouée expressément pour le film, sur base de quelques petites indications. J’aurais besoin d’un morceau violent. Là, il me faudrait un truc plus road movie. Ce genre-là… Et pour l’occasion, les Tropic sont devenus plus « Experimental » que jamais, osant le calme et même l’onirisme ! On s’est fort inspirés de la musique de film, commente le guitariste du groupe. J’ai écouté énormément de trucs, la bande originale de La montagne sacrée, vraiment de la musique de film… Et que reste-t-il de rock, alors ? Il y a aussi du Tropic, et tous les morceaux « à la Tropic » ont été joués d’une seule prise, la voix et les instruments en même temps. Jean-Jacques chante même des trucs un peu zarbis. The power of the fist… Parce que pour le moment, il est très sports de combat, et il part dans des délires avec son poing !

Plus prosaïquement, le nouveau TETBB, ce sera seize morceaux conçus de A à Z dans une villa vide de Nandrin, et un double album vinyle, collector parce que tiré à très peu d’exemplaires. Après avoir été les Belgians, le groupe s’est en tout cas « réinventé ». Jeremy acquiesce : Si on ne le faisait pas, je crois que le projet serait déjà mort. Pour moi, la vraie identité de Tropic, c’est faire les choses autrement mais sincèrement. Sinon, on se fait chier. Je trouve que sinon, dans le paysage musical heu… wallon, c’est toudi le même bazar : On fait un disque, on fait une tournée, on rend notre carte bleue, ouaiiiis ! on a le statut d’artiste, on fait un disque, on fait une tournée… C’est fade, ça ! On a fait un paquet de disques et on était fatigués de ça, avant de se lancer dans des trucs différents comme les Belgians. Ce n’est pas chiant de jouer, mais c’est chiant de répéter tout le temps le même truc ! Oui. Mais le titre du film alors ? Eh bien ça… on vous laisse le soin de compulser les dicos spécialisés !

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Spit’n’split sera projeté lors du Festival du Film Fantastique de Bruxelles qui prendra ses quartiers à Bozar du 1 au 16 avril, séance le 10 avril. The Experimental Tropic Blues Band entamera quant à lui la saison des festivals au Roots & Roses (Lessines) le 1er mai.