En gestation depuis un moment, le projet Blondy Brownie s’est précisé tout au long de l’année 2016. À chaque mois, un invité différent et une nouvelle chanson sont venus nourrir les désirs francophiles de deux filles qui ne se refusent aucun défi. Le groupe dévoile son Almanach, un premier album en forme de calendrier. Un disque-objet dans lequel la chanson s’écrit autrement, avec des voix venues d’ici (Antoine Wielemans, Carl Roesens, Timothée Philippe) ou d’ailleurs (Katerine, John McEntire, O, Jesse D. Vernon ou Blick Bassy). Rencontres, clips, enregistrements, photos-souvenirs en noir et blanc… En 2016, Blondy Brownie n’a pas perdu son temps.

Par le passé, Aurélie Muller et Catherine De Biasio se sont glissées derrière les instruments de nombreuses formations bruxelloises. Séparément – chez Mièle pour la blonde, V.O. ou soy un caballo pour la brune – ou ensemble – avec Melon Galia, Noa Moon ou Hallo Kosmo –, elles ont toujours composé avec des garçons. Sans contrefaçon. Lassées, parfois incomprises, toujours insoumises, les filles décident finalement de prendre leurs distances, de s’émanciper. Ainsi, au printemps 2013, les femmes libérées inaugurent l’enseigne Blondy Brownie. Au point de départ, nous avons fait un état des lieux, détaille Catherine De Biasio. La première étape, c’était de s’appuyer sur nos instruments de prédilection. À savoir la batterie, la basse, la clarinette et un peu le synthé. Au-delà de ça, nous étions limitées. En rigolant, on s’est dit qu’on inviterait un mec sur chaque morceau. Histoire d’ajouter de la guitare. De fil en aiguille, l’idée a fait son chemin… Aujourd’hui, Blondy Brownie ressemble à un véritable club de rencontres. Chaque mois, un nouveau gars se présente derrière le micro du duo. À l’origine, c’était une façon de détourner les clichés associés aux « groupes de filles ». Et puis, nous avons rapidement développé un concept autour de l’idée d’un calendrier. L’objectif était d’enregistrer douze morceaux. De les penser en fonction des saisons. On souhaitait aussi aller au-delà de l’objet audio en proposant un univers à vocation multidisciplinaire. Entre les chansons et le tournage des clips, chaque invité se fait ainsi tirer le portrait par le photographe Olivier Donnet. Loin des sportifs au corps bodybuildé et des nanas en tenues légères, le calendrier perpétuel de Blondy Brownie étale ses charmes mensuels à travers un combo son et image du plus bel effet.

Tout nu, touchant
Entre une chanson partagée avec Katerine (Dieu et les amants) et un refrain sifflé en compagnie du leader de Girls in Hawaïï (Lapin Lapin), Blondy Brownie accomplit régulièrement de grands écarts et autres pirouettes stylistiques. Pour ça, Almanach est un exercice de haute voltige aux barres asymétriques. Comme musique de fond, cet album est assez déconseillé, s’amuse Aurélie Muller. Les changements d’atmosphère sont fréquents. C’est que le disque s’est parfois dessiné au hasard des rencontres. Blick Bassy, par exemple, n’était pas prévu au casting. Nous l’avons rencontré après son concert à Bruxelles. C’est comme ça qu’un morceau, initialement prévu pour quelqu’un d’autre, est devenu un titre revu et corrigé en sa compagnie. S’imposer une chanson par mois, sur le papier, ce n’est pas compliqué. Dans les faits, il s’agit d’une course contre la montre. Sur la ligne d’arrivée, Blondy Brownie relie janvier à décembre avec douze morceaux et une belle brochette d’invités au calendrier. John McEntire (Tortoise), Stéphane Daubersy (Françoiz Breut), Vinz., Olivier Marguerit (O), Carl & Castus sont, notamment, conviés à étoffer la pop rêveuse des deux filles. Dans sa façon d’exposer les mots à la mélancolie, de roucouler quelques sucreries sur des refrains moelleux, le duo bruxellois réveille le fantôme de Broadcast, l’esprit de Stereolab et les souvenirs de Melody’s Echo Chamber. Cette musique donne envie de dire bonjour à Au Revoir Simone, de s’abandonner aux joies de la nostalgie.

D’ordinaire, les invités de Blondy Brownie se désapent dans les clips et posent à poil devant l’objectif. Ça fait partie du projet, indique Aurélie Muller. Quand ces artistes viennent chanter chez nous, ils se mettent à nu en acceptant de sortir de leurs habitudes. Certains, comme Timothée Philippe (BRNS), chantent d’ailleurs en français pour la première fois de leur carrière. À côté de ça, nous avons cherché à établir un rapport d’intimité avec les gens qui ont accepté de collaborer avec nous. C’est le message qui transparaît en filigrane des photos.

www.blondybrownie.com

 

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Blondy Brownie
Almanach
Luik Records