Sortir du lot en tant que musicien demande aujourd’hui non seulement d’exceller d’un coup sur scène mais aussi de devenir un communicant hors-pair, le tout à une vitesse inouïe. Pour aiguiser l’intérêt du public et de la critique, pouvoir bénéficier de l’expérience de professionnels aguerris s’avère souvent payant. Larsen fait le point sur les encadrements en Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

Créé en 2012 à l’initiative de Denis Gerardy comme une excroissance de son voisin parisien, le Studio des Variétés Wallonie-Bruxelles a pour mission d’aider les artistes bénéficiant déjà d’un certain entourage professionnel à développer leurs compétences liées aux arts de la scène.

La structure a récemment opéré un lifting, nécessaire pour enlever l’ambiguïté d’un nom (ni studio d’enregistrement, ni variétoche) et pour asseoir un positionnement propre par rapport à la France : un nouveau logo sous forme  d’ADN et depuis un an, un nouveau maître d’œuvre (aussi bien coach scénique que directeur artistique), en la personne de Michaël Larivière aka Redboy (des groupes My Little Cheap Dictaphone ou Hollywood Porn Stars).

Figure-pivot en Fédération Wallonie-Bruxelles (comme musicien, membre fondateur du label JauneOrange ou encore comme producteur de Roscoe), investi dans le coaching depuis huit ans et formé par l’antenne parisienne, Redboy a ainsi à cœur d’étoffer une nouvelle équipe de coachs, tous issus du terreau belge, et de développer les propres outils de l’association, histoire de minimiser les coûts et d’encadrer davantage de projets (entre 25 et 30 groupes suivis par an) mais aussi de répondre aux spécificités saillantes de notre scène, entre autres en musiques urbaines. On collabore avec Kaer de Starflam. Il y a de plus en plus de demandes en hip-hop, comme Romeo Elvis ou comme Damso qui se retrouve à faire d’énormes scènes sans avoir fait beaucoup de rodage. L’important pour coacher, c’est d’avoir les bons codes pour chaque genre. Kaer pratique l’accompagnement depuis une quinzaine d’années.

L’équipe est également renforcée par une nouvelle intervenante en coaching chant, Birgid Volens, véritable couteau suisse. Nous avons reçu beaucoup de candidatures. Elle est assez incroyable. Elle a une formation de chanteuse lyrique, mais se produit aussi en jazz. Elle a aussi fait du métal, du punk et même du chant asiatique. Elle a une technique vraiment basée sur le corporel et on peut aussi bien lui confier JeanJass & Caballero que Noa Moon.

Devenir la boîte à outils ad hoc ou le tremplin qui fera passer des musiciens à l’étape supérieure, nécessite, selon Michael Larivière, non seulement rester à leur écoute mais aussi celle de leur entourage professionnel. On nous mentionne souvent des freins en Flandre ou à l’étranger, dus à un problème d’anglais hasardeux. Nous faisons appel à Theo Clark, un parolier écossais qui travaille aussi bien sur l’accent et la phonétique que sur  la vérification des textes. C’est plus utile de le rencontrer avant le passage en studio : quand les erreurs se sont enracinées, c’est plus difficile d’en sortir.

Après contact par formulaire, se tient une première discussion informelle avec l’équipe pour cerner davantage besoins et priorités et proposer aux musiciens un plan d’accompagnement sur mesure pour une durée d’un an. Ce qui fonctionne c’est de se mettre à hauteur de l’artiste. Il faut être dans la suggestion, mettre en confiance. C’est lui qui va trouver les clés, affirme Redboy. Cerise sur le gâteau, ces formations sont entièrement gratuites grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et d’autres partenaires, à l’exception de certains stages spécifiques qui nécessiteront un défraiement raisonnable.

C’est un parcours à la carte qu’a suivi RIVE, duo d’electro-pop en français – et auteur d’un premier EP Vermillon – au sortir de leur deuxième place au concours Du F. dans le texte en mars 2016. Juliette Bossé, chanteuse, insiste sur l’importance qu’a eue cette prise en main précoce : L’urgence pour nous, c’était d’avoir un regard sur l’ébauche de live qu’on proposait. Nous avions gagné une présence à plusieurs festivals et il nous fallait étoffer notre set pour parvenir à une demi-heure. La stratégie adoptée se fait finalement large et variée : Nous avons eu une résidence scénique à la Madeleine et moi dix heures de chant avec Birgid Volens. Avec eux deux, nous avons beaucoup travaillé sur le sens induit par les textes, sur l’interprétation, sur l’intention. Cela nous a permis de gagner un temps précieux et d’aborder les scènes de l’été beaucoup plus conscients et confiants. Un coup de pouce porteur, puisque RIVE remporta en août le premier prix des Franc’off. À ces ateliers pratiques s’est ajouté un coaching interview avec Luc Lorfèvre (Moustique) et media avec Valérie Dumont (This Side Up). Cela nous a permis très tôt de savoir comment défendre le projet, quel message faire passer. Une expérience riche dont le groupe fera son miel pour l’enregistrement de son EP et la communication à sa sortie : Nous avons appris à anticiper pour le que projet continue à vivre longtemps et nous sommes désormais dans une démarche de coaching permanent.

Cette impression constructive de limites repoussées, est partagée par Simon Fontaine, batteur de Pale Grey. Le groupe liégeois – qui sortira le 12 mai un nouvel EP – a récemment été accompagné par Benjamin Georjon. Il est comédien de profession et a une solide expérience, donc il nous a amené une tout autre vision de la scène et de nouvelles perspectives pour s'y sentir mieux. Parmi les derniers accueillis par le Studio des Variétés, on compte aussi Piano ClubNoa MoonLeaf House et les prochains sur les rangs seront Balimurphy ou Valkø.

On s’étonnera peut-être de trouver très peu de groupes de  jazz ou de musique world. Pour la scène world, il y avait de la demande avant mon arrivée, nous dira Michaël Larivière. Mais c’est parfois difficile de rassembler l’entièreté du groupe et de pouvoir assurer un bon suivi. Il nous faut aussi trouver les coachs adéquats. Pour les jazzmen, je serais vraiment partant mais on se rend compte que ce sont eux qui n’ont pas trop envie de flirter avec ça. Ils sont centrés sur leur bulle : eux et leur instrument. Ce sont généralement les projets modernes ou fusion qui seront davantage ouverts au rapport au public.

Si le mot « coach » a été popularisé par des émissions de télé-crochet grand public, nul besoin donc de devoir faire virevolter quatre fauteuils rouges pour espérer bénéficier d’un accompagnement scénique et vocal de qualité… loin du formatage.
 

Et ailleurs en Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Parmi les autres initiatives d’accompagnement musical, mentionnons les Francosessions qui, en collaboration avec le Studio des Variétés de Paris et son directeur Philippe Albaret, encadrent 5 groupes sélectionnés sur dossier (et déjà un minimum structurés) et leur délivrent – avec en visée les tournées, festivals et structuration d’un plan de carrière – des ateliers musique, scène et chant, subsidiés par le Festival des Francofolies et la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Toujours en région wallonne, Nationale 5 fédéralise les forces de 5 structures  – Ça balance en province de Liège, Rocks Cool pour la province de Namur, Service de la Diffusion et de l’Animation Culturelles pour la province du Luxembourg, L’Envol des Cités pour le Hainaut et Le Grand Tremplin pour le Brabant Wallon – et propose aux musiciens sélectionnés  5 modules d’une durée totale de 2 ans. Leur but ? Donner une autonomie aux groupes, les rendre davantage professionnels et favoriser leur engagement sur des scènes locales et étrangères.

Attention espèces musicales en voie d’appartion ! Du côté des festivals, à Bruxelles cette fois, et toujours en français, Francofaune a développé son propre « parcours ». Une session qui, après audition, octroie à quelques groupes une résidence scénique avec des musiciens-conseils et une programmation au festival.

Signalons enfin que du côté de la musique classique, Chamber Music for Europe, développe des masterclass (notamment de quatuors à cordes) mais aussi des stages comme le BruxAmaMus et destiné aux ensembles amateurs (trio ou quatuor à cordes – Trio ou quatuor à clavier - quintette et sextuor), encadré par Juliette Danel (alto), Naaman Sluchin (violon), Guy Danel (Violoncelle) et Jean-Marie Bardèche (piano). La structure participe aussi à la résidence de certains ensembles.