Quatre ans après Let Them Talk et sa pop folk acoustique teintée de couleurs reggae,  Manon de Carvalho Coomans se métamorphose sur Azurite. La Bruxelloise a mûri, la jeune fille est devenue une femme de vingt-six ans qui regarde devant elle et le propos, comme la musique, ont gagné en profondeur. Galvanisée par de nouvelles envies et séduite par des sonorités électro, Noa Moon repousse les horizons et montre à ceux qui en doutaient encore qu'elle n'est pas l'artiste d'un seul tube.

Avec le recul, que retenez-vous de l'aventure Paradise et des retombées de votre premier album ?
La chanson Paradise est sortie en 2012 et très vite, elle m'a permis de jouer partout. Sans le moindre calcul et de  manière tout à fait spontanée, cette chanson m'a permis d'ouvrir des portes et de propulser le projet Noa Moon de manière très saine avant même la sortie de mon premier album. C'était complètement inattendu. Je suis montée dans un train qui fonçait à vive allure. J'avais moins de contrôle qu'aujourd'hui mais je l'acceptais. À la fin de la tournée, je n'étais plus la même qu'au début.  J'avais arrêté mes études, fait plein de rencontres, découvert de nouvelles musiques, appris à être plus curieuse. Et, au final, j'y ai pris beaucoup de plaisir.

Avez-vous dû beaucoup vous chercher artistiquement avant d'accoucher d'Azurite ?
Oui, le travail d'écriture et de composition a pris presque trois ans.  Après la tournée Let Them Talk, j'ai ressenti le besoin de m'isoler et de me recentrer sur moi-même. Je devais baliser de nouveaux repères et de nouvelles envies. Je voulais aussi me prouver que j'étais capable d'écrire des chansons seule avec de nouveaux outils, notamment en m'aidant de l'ordinateur. Cette phase d'introspection était nécessaire, même s'il y  a eu beaucoup de questionnement de ma part et aussi de la frustration parce que je  ne maîtrisais pas certains programmes informatiques. J'entendais des sons dans ma tête mais je ne parvenais pas toujours à les reproduire.

Azurite a été enregistré au studio la Frette à Paris avec l'ingénieur son « maison » Nicolas Quere et Daniel Offerman de Girls In Hawaii. Qu'ont-ils apporté à l'album?
Ils ont mis de l'ordre. Grâce à leur approche humaine, leur maîtrise technique et leur approche artistique, Daniel et Nicolas m'ont permis d'y voir plus clair. Je ne suis pas arrivé à la Frette avec une grosse quantité de chansons. Par contre, j'avais une multitude de versions différentes de chaque morceau. Au début de mon travail en solitaire, j'avais rejeté tout ce qui était acquis. À un moment, je ne me voyais même plus faire de la folk comme je la jouais sur Let Them Talk. Mais après quelques mois, je me se suis rendu compte que ça me manquait. Au final, Azurite condense tout ce va et vient entre les incertitudes et les certitudes que j'ai connues.

Votre premier EP paru en 2012 s'intitulait River et l'eau est encore omniprésente dans Azurite : sur la photo de la pochette, dans le clip de Sparks ou au travers des chansons  Ocean et The Sea. Quel est votre rapport avec cet élément ?
J’entretiens un rapport ambigu avec l’eau. Je suis attirée par elle comme je suis attirée par tout ce qui touche à la nature en général. Mais,  en même temps, l’eau me fait très peur. Ce n’est d'ailleurs pas très loin de la phobie. Quand vous êtes dans l’eau, vous n’êtes jamais ancré. Ça bouge tout le temps, vous perdez le contrôle avec tous les sensations opposées que cela peut entraîner. C'est parfois enivrant de se laisser porter par une force invisible, mais ça peut être aussi très flippant.

Votre êtes née un 3 mars sous le signe du poisson. Un poisson, ça nage entre deux eaux. Un peu à l'image de votre album?
Je trouve cette analyse intéressante, même si ce n’est pas voulu de ma part.  Beaucoup de choses vont en effet par deux sur Azurite. Il y a des instruments organiques et de l’électro. Des chansons up-tempo et des ballades, de la pop sautillante et de la folk plus mélancolique, des textes qui touchent aux relations sentimentales et d'autres tournés vers l'extérieur. Tout s'est fait au feeling et de manière inconsciente. À la Frette, je me suis rendu compte qu'il fallait parfois éviter de trop réfléchir et que les chansons allaient trouver elles-mêmes leur place sur le disque. J'ai aussi accepté le fait qu'un album est comme une photo qui capture un moment de la vie. Let Them Talk et Azurite sont deux disques complètement différents parce que je ne suis plus la même. Et je l'assume parfaitement.

Vous avez été révélée au public avec Paradise, une chanson écrite alors que vous étiez post-adolescente et vous nous revenez en femme adulte. Ne craignez-vous pas qu'une partie de votre public regrette la Manon des premiers émois ?
Je sais que certaines personnes n’ayant de moi que l’image de la Noa Moon de Paradise ne vont peut-être pas s’y retrouver. Mais je ne vais pas leur mentir. Je n’ai plus envie de composer des chansons comme je le faisais en 2012. Les morceaux  d'Azurite me permettent de pousser le projet encore plus loin et tout le reste suit : le clip de Sparks, les photos de pochette, le groupe, mon look… Tout montre que j’ai avancé. Je ne trompe personne. 

Quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise durant l’enregistrement de Lazurite ?
J’ai compris qu’il fallait que je reste spontanée.  Parfois je me prenais la tête pour amener les chansons dans un univers qui ne me correspondait pas, j’étais trop dans l’analyse. C’est lorsque je suis revenue sur les versions les plus naturelles de mes morceaux que le disque a commencé à prendre sa forme et sa cohérence.

Comment voyez-vous l'avenir ?
J'ai hâte de retrouver la scène. C'est ce qui m'a le plus manqué ces deux dernières années. Je me rends compte que je ne suis pas faite pour gamberger sur des nouvelles compositions durant des mois.

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 www.noamoon.com

Noa Moon
Azurite
Blue Milk Records/[PIAS]

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