Nouveau fer de lance d’un hip-hop francophile qui traque les crocos et le bédo, Roméo Elvis signe le deuxième épisode de Morale, effort collaboratif servi en compagnie de l’ami Le Motel. Le flow en lévitation sur des sons profilés pour sa voix de baryton, le rappeur bruxellois gagne les faveurs du public et des médias. Adulé en Belgique et à l’étranger, Roméo Elvis se prépare à vivre un été chaud bouillant. En attendant les festivals, l’artiste nous accueille dans son salon. Invité à farfouiller en toute indiscrétion dans ses affaires, Larsen débarque dans la place. Sans glisser.

Une effriteuse

J’essaie de fumer dans les règles de l’art, le plus « sainement » possible, en limitant la quantité de tabac et de papier. Dans mon quotidien, l’effriteuse est un élément récurrent. On peut d’ailleurs dégoter des échantillons de cannabis dans la plupart de mes morceaux. L’herbe m’aide à installer un décor. Il y a tout un vocabulaire qui tourne autour de la marijuana : un champ lexical infini qui s’imbrique parfaitement dans mes textes. Ces codes me correspondent bien. Fumer me permet de canaliser mon anxiété. Je suis quelqu’un de nerveux et d’angoissé. En plus, je suis maintenant amené à prendre des décisions qui comptent pour moi, mais aussi pour tous ceux qui bossent à mes côtés. Le joint m’apaise dans les moments de tension. D’ailleurs, mon entourage me demande régulièrement de fumer. Au naturel, j’ai tendance à communiquer mon stress… Avant, je dissimulais cette réalité à mes parents. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir passé un contrat de confiance avec eux. Je n’ai plus rien à leur cacher. Ils connaissent mes vices. Ils savent ce que je fais de ma vie. Ceci étant dit, je tiens tout de même à rappeler que fumer des pétards, c’est de la merde. Il s’agit d’une dépendance. Si quelqu’un est capable de ne pas fumer, sa vie sera certainement meilleure. Le top serait de se limiter à un petit pétard de temps en temps. Mais ça, pour l’instant, j’en suis totalement incapable.

Un sweat-shirt

C’est du merchandising. Dans le rap, ce terme est souvent synonyme d’arnaque. Débourser sa thune pour avoir la pochette d’un album reproduite sur un t-shirt, je ne vois pas l’intérêt… Du coup, je me suis longtemps montré réticent à l’idée de vendre des textiles à la sortie de mes concerts. Face à la demande, j’en ai parlé à Dooler, le mec qui s’occupe de mes tatouages. Première règle ? Interdiction de voir mon visage apparaître sur les vêtements. Ensuite, il fallait que je les trouve suffisamment jolis pour accepter de les porter moi-même. Si ça repose sur une esthétique sophistiquée, je l’assume. Au point d’enfiler mes propres survêtements. Le croco est un animal qui me fascine. C’est un avant-gardiste, un survivant. Il traînait déjà avec les dinosaures mais, lui, il a trouvé un moyen de rester et de se faire respecter. L’animal le plus méchant de la savane, ce n’est pas lui, mais l’hippopotame. Du coup, le croco endosse le rôle du méchant sans l’être vraiment. Je me reconnais bien dans cette métaphore. Aujourd’hui, je songe à lancer ma propre ligne de fringues à travers la marque Strauss. J’aime bien la connotation germanique du mot. En plus, ça vaut dire « autruche ». C’est un terme que l’on peut facilement personnifier aussi. Humainement, ça touche à la fois au vilain (Dominique Strauss-Kahn) et au génie musical (Johann Strauss). Et puis, c’est un clin d’œil à Levi’s : l’étendard du rêve américain par excellence. Pour un mec qui ne voulait pas vendre de fripes aux concerts, on peut dire que j’ai retourné ma veste...

Des bagues

Ce sont des cadeaux de mon père. Il m’a offert la bague avec la couronne pour mon dix-septième anniversaire. Elle fait référence au King Elvis. Ça n’a rien de présomptueux. C’est juste que je m’appelle réellement Roméo Johnny Elvis. Gamin, les copains m’appelaient déjà Elvis. C’est pour ça que j’ai choisi d’emporter ce prénom avec moi sur scène. À l’école, on me chambrait souvent : j’étais le seul mec de ma classe qui se promenait avec des bagouses aux doigts. À côté de ça, je portais de longs cheveux et j’écoutais du rock. Dans le rap, tous ces attributs n’avaient aucun intérêt. D’ailleurs, j’ai longtemps intériorisé ma passion pour Jimi Hendrix et Nirvana. Aujourd’hui, j’assume totalement mes goûts et mon apparence. Avoir une culture rock dans le hip-hop, c’est presque devenu un avantage. À une époque où les gens écoutent tout et n’importe quoi sur YouTube, mon caractère hybride est un privilège. J’assume à 100 % mon côté rock’n’roll. D’où ces bagues, indissociables de ma personnalité. Sans elles, je me sens nu.