Huit ans après sa fermeture, le Théâtre de La Louvière rouvre enfin. Ou plutôt : rouvrira, le 15 novembre prochain, après des travaux qui auront duré plus longtemps que prévu. Petit tour des lieux, avec Vincent Thirion, le directeur de ce qui s’appelle encore le Centre culturel régional du Centre…

C’est peu de dire que l’outil était attendu ! À la fin des années 2000, après 50 ans de bons et loyaux services, le Théâtre de La Louvière, « vaisseau-amiral des lieux culturels de la Région du Centre », commençait à montrer des signes de faiblesse : sa cage de scène se fissurait, ses installations et son isolation n’étaient plus aux normes… Les travaux envisagés doivent durer deux ans. Ils s’achèvent huit ans plus tard ! C’est qu’il aura notamment fallu relancer un nouveau marché public pour une partie du chantier, remettre le permis d’urbanisme à jour, exproprier un voisin, et trouver un budget supplémentaire puisque des 6 millions d’euros initialement prévus, on est passé à près de 13…

Pour l’heure (nous sommes fin juin), il reste encore de la décoration à terminer. Le Théâtre a été inauguré en 1958, explique dans l’entrée Vincent Thirion. Après 10 ans passés à Charleroi-Danse, il est entré en fonction à La Louvière le 1er février de cette année. Entre deux réunions, il nous sert obligeamment de guide. Ils ont voulu garder un peu cet aspect Spirou, poursuit-il à propos du hall. A Bruxelles, on dirait « Expo » ! Oui, internationale, aussi ! Ici, le sol est vraiment d’origine, il a été poncé, nettoyé… Les desks là-bas, qui sont ceux des vestiaires, ont été refaits à l’identique.

Grand plateau
Dans les coulisses, notamment le couloir qui donne accès aux bureaux, aux loges et à une petite salle de répétition, le contraste est assez saisissant. Les teintes flashent ! De l’orange pour la partie administrative et du bleu pour celle réservée aux artistes. Effet garanti ! C’est dingue, non ? C’est un plasticien, Michel Moffarts qui a réalisé là une intervention artistique. À 64 ans, ce Liégeois installé à Bruxelles travaille beaucoup sur la couleur, le volume et leur mise en espace. Grâce à son intervention, qui fait véritablement vibrer l’air ambiant – vous avez dit « surnaturel » ? -, les lieux sont désormais en conformité avec ce décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur l’intégration d’œuvres d’art dans la rénovation et la construction de bâtiments. Il a choisi l’orange et le bleu, et c’est plutôt impressionnant, poursuit Vincent Thirion. Ces couleurs appellent au dynamisme. Au-dessus de nos têtes, des hublots laissent entrer la lumière du soleil qui inonde la coursive. L’orange déborde, à travers un sas suréclairé, sur le parvis du Théâtre, sur l’enseigne, créant une perspective lumineuse depuis les rues conduisant à la place Communale.

Les loges et les espaces de travail sont équipés d’un écran, de manière à ce qu’on puisse voir ce qui se passe sur le plateau. Et ce plateau, on y arrive… Ses dimensions sont impressionnantes : 11 mètres de profondeur, 15 mètres d’ouverture, 20 mètres de haut ! Reste encore à poser le plancher ! Particularité aussi, qui peut paraître un détail mais qui importe pour le confort du travail, ce sont ces 4 fenêtres dans le fond du plateau, et qui donnent de la lumière du jour. La fosse d’orchestre est mobile, montée sur vérins, on a en bas des espaces de rangement technique… On peut poser un piano, il n’y a aucun problème ! Si le proscenium mobile est baissé au niveau moyen, des sièges peuvent encore être rajoutés.

Côté musique
À l’extérieur, un quai de chargement et de déchargement a été construit. La salle elle-même affiche une jauge de 954 places, mais elle peut aussi être ramenée à 600, 500, 400 sièges. L’ancienne allée centrale a été supprimée. L’acoustique a été repensée, recalculée par l’équipe qui s’est occupée de celle du Palais 12. On a supprimé le balcon (remplacé par un gradin de plain-pied - Ndlr), on a rectifié la pente. La visibilité est désormais optimale pour tout type de spectacle. Les sièges, eux, sont ultra confortables, on a testé ! Et le tissu gris chaud - ça change du rouge traditionnel – est aussi un choix de Michel Moffarts.

Et donc, la Saison 1 débutera le 15 novembre. Vincent Thirion l’assure : le plateau sera mis à toutes les sauces. Théâtre, danse, musique, cirque : tout sera possible, le cas échéant dans un esprit de transversalité. Côté musique, l’affiche annonce déjà Christophe, Albin de la Simone, Luz Casal, Konoba, Tim Dup, Fishbach, An Pierlé, Flavia Coelho, Saule, un hommage à Placebo (le groupe jazz du regretté Marc Moulin), Lisza, Sonnfjord… Quant à la dénomination CCRC / Centre Culturel Régional du Centre, elle cédera la place à un nouveau nom. Et à une nouvelle image. Histoire de mettre « ze » point final au chantier !

www.ccrc.be

Ailleurs dans la Ville

Il y a une activité dans cette ville qui est totalement incroyable, se réjouit Vincent Thirion. Autour du Centre Culturel, il y a le Musée Ianchelevici qui est ici juste à côté, le Centre de la Gravure… On a l’ARTour en été (une biennale pour laquelle un pass à 10€ donne accès à six musées - Ndlr), on a une régie mobile qui va dans les villes…

Entre Le Palace, le Cercle Horticole et Louvexpo, La Louvière ne manque pas de salles. LouvExpo, inauguré en 2012, peut accueillir entre 2.000 et 5.000 personnes selon la configuration. L’infrastructure ouvre ses portes aux salons ou aux concerts, aux événements, sportifs notamment, et y compris en plein air. L‘intelligence de la Ville, c’est qu’on a acheté le même matériel pour le Théâtre que pour Louvexpo. On peut donc complémenter l’un et l’autre selon les circonstances. Ce Théâtre est désormais l’une des salles les mieux équipées de Wallonie. L’ambition est… simple : On a voulu que les gens retrouvent le chemin du théâtre. Il faut que les gens reviennent au théâtre. Les Louviérois et les Louviéroises évidemment, et les autres aussi !