Reconnue comme l’une des plus belles voix du jazz moderne, Mélanie De Biasio poursuit son impressionnante ascension avec Lilies. Sur ce troisième album, la chanteuse repousse les limites de son univers. Vers l’infini et au-delà.

Depuis la sortie de l’album No Deal, en 2013, le statut de Mélanie De Biasio a changé. Sollicitée par les médias européens, applaudie par le public, la chanteuse a aussi gravé son nom dans le cœur des hommes. Désormais, Eels, Arno, Damien Rice ou les mecs de Radiohead connaissent l’incroyable pouvoir de séduction de cette voix pas comme les autres. Ce sont des gens avec lesquels je partage une même vibration, le besoin d’envisager chaque concert comme un instant unique, explique-t-elle entre un café et un biscuit sucré. Sur scène, ma plus grande crainte, c’est de figer mes chansons. Sur disque, ce besoin de mouvement se confirme avec l’éclosion de Lilies. Amorcé par le single Gold Junkies, le troisième album de Mélanie De Biasio laisse entrevoir d’autres orientations. Lancé en éclaireur, ce morceau plonge en effet dans les brumes trip-hop, avant de s’offrir une chevauchée psyché, hantée par le blues et les fantômes du jazz. Ce titre est particulier... C’est lui qui a donné naissance à mon précédent EP, Blackened Cities. À l’époque, je l’avais fait écouter aux musiciens pour leur donner une piste de travail… Abandonné en cours de route et retravaillé pour les besoins du nouvel album, Gold Junkies marque ainsi une transition, une mue sexy, ultra langoureuse.

Par le passé, les esprits méthodiques rangeaient volontiers la musique de Mélanie De Biasio au rayon jazz. Avec Lilies, la chanteuse leur donne du fil à retordre, déjouant habilement les classements règlementaires. Je comprends que les gens aient besoin de références mais, personnellement, je n’ai pas l’impression d’adhérer à un genre particulier. Quand j’attaque un enregistrement, je ne sais jamais où je vais. Je fonctionne à l’instinct, sans carte ni boussole. C’est assez flippant. Heureusement, j’apprends tout doucement à anticiper. C’est une réaction naturelle au milieu dans lequel j’évolue. Comme je ne supporte pas la pression, je me suis trouvée un rythme. Là, par exemple, quand mon label a appris que je préparais un album, il était déjà terminé. J’avais avancé l’argent et couvert tous les frais associés à l’enregistrement. C’est une forme d’indépendance.

Noir de monde
Traduit de l’anglais, Lilies donne des fleurs de lys. Sous l’intitulé du disque, celles-ci s’ouvrent sur Your Freedom Is The End Of Me. Ce morceau s’adresse à mon ombre, à toutes les névroses qui m’accompagnent du matin au soir, indique Mélanie De Biasio. Nous sommes tous pareils. Dans notre for intérieur, nous traînons un bon paquet d’incertitudes. Je ressentais le besoin de mettre des mots sur ce mécanisme. Parce que je suis convaincue que mieux comprendre les autres, ça passe nécessairement par une meilleure compréhension de soi. Quand Bashung chantait Noir de monde, il avait raison : nous sommes tous hantés par le doute. Aucun doute, par contre, sur la qualité de Lilies. Poussée à l’extrême, sa sophistication se manifeste dans les arrangements, la production et les paroles des chansons. J’ai écrit les textes avec l’aide de Gil Helmick, un poète américain originaire de Portland. Je l’ai rencontré à Bruxelles en 2005, complètement par hasard. Il passait devant le Music Village. Il est entré, je chantais. On ne s’est plus quitté. C’est un vieux bonhomme de septante ans. Je lui envoie mes textes, il les corrige, en ajoutant quelques annotations. C’est comme un jeu. Il m’arrive toutefois de refuser ses suggestions. Quand j’ai vraiment envie de coller deux mots ensemble, ils doivent rester ensemble. C’est comme ça, pas autrement. Parce que je ne suis ni Anglaise ni Américaine. Un peu têtue, gentiment obstinée, Mélanie De Biasio a enregistré neuf morceaux – et autant de joyaux – dans le petit studio de son ami Pascal Paulus. Des producteurs étrangers sont venus frapper à ma porte. Mais j’ai refusétoutes les offres. J’avais une idée précise du disque que je voulais. Pascal Paulus était à mon service. Il sait que je suis intraitable sur certains détails. Impressionnant, Lilies part souvent de petites mélodies pour nourrir de grandes émotions (Brother, Sitting In The Stairwell). Placées en fin de parcours, les chansons All My Worlds et And My Heart Goes On se montrent à la hauteur, franchissant aisément la barre des six minutes. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives à Mélanie De Biasio. À l’avenir, j’espère conserver l’état d’esprit qui m’anime aujourd’hui. Qu’importe le succès ou les désillusions, je veux juste continuer de croire que tout est possible...

www.melaniedebiasio.com

 

Mélanie De Biasio
Lilies
[PIAS] Recordings

sortie prévue le 6 octobre