Des années déjà que Didier Laloy et Kathy Adam partagent un parcours musical : depuis Panta Rhei avec Steve Houben, chacun a suivi sa route se croisant de temps à autre autour d’un projet,  avant de se retrouver sur ce petit bijou musical qu’est Belem, un duo atypique  où chaque voix – accordéon diatonique et violoncelle – est l’égale de l’autre.

Un duo qui en quelques années a déjà développé plusieurs variantes, nous explique Didier Laloy :  Belem est le cœur artistique de ma vie musicale actuelle et a des extensions qui fonctionnent déjà :  c’est le projet avec Barbara Furtuna,  des chanteurs corses, il y a aussi Belem et Constantinople avec des musiciens iraniens et turcs avec lesquels on tourne jusqu’en Amérique du Nord. Il y a eu cet épisode avec le groupe Slang,  la collaboration avec un quatuor flûte-clarinette-haubois-basson. En premier lieu, l’idée de Kathy Adam et Didier Laloy était de prolonger Belem en duo  notamment en y incluant de la vidéo, une formule qui n’a pas abouti pour le moment, mais qui, dit Didier Laloy, pourrait trouver sa place plus tard. Est survenue alors l’opportunité de travailler avec cet « orchestrion » conçu par la firme DECAP et dans les mains de Walter Hus, compositeur assoiffé d’expérimentation, co-fondateur avec Peter Vermeersch de Maximalist !, féru de free jazz tout autant que de techno. J’ai toujours été fasciné par les limonaires, les orgues de barbarie  de mon enfance, raconte Didier, ces instruments qui fonctionnaient à l’aide de cartes perforées. Et lorsque l’occasion s’est présentée d’utiliser cet incroyable instrument, je me suis dit qu’il fallait sauter sur l’occasion et avancer sur ce nouveau projet. Cette immense « machine à son » rappelle l’orchestrion utilisé il y a quelques années par Pat Metheny. Partir sur un nouveau répertoire et y intégrer un élément neuf et complètement fascinant, c’était ce que cherchaient Didier et Kathy : Les programmateurs et le public ont besoin de ça. Il faut changer tous les deux ou trois ans… Si je revenais en concert avec le duo et de nouvelles compositions, je ne pense pas que ça intéresserait le public.  Donc, j’ai voulu prolonger le plaisir du duo, cette vibration entre deux êtres humains qui fonctionne très bien – pour nous et pour le public – et cela sans avoir quinze musiciens autour de nous.  C’est ainsi que l’envie de cet instrument mécanique est née grâce au hasard et à cette rencontre avec  Walter Hus.

Mécanique et nuances.
L’union entre le duo et l’ «orchestre» a complètement changé la donne : Au niveau des nouvelles compositions, tout d’un coup je n’avais plus de limites, parce qu’avec Kathy, à deux, on devait tout faire, l’harmonie et la rythmique, ici avec cet orchestre derrière nous, les possibilités sont plus ouvertes ;  les compositions font, par exemple, rarement moins de cinq ou six minutes, les morceaux sont plus longs que dans un duo où il faut aller tout de suite à l’essentiel. De par son fonctionnement grâce à un logiciel informatique, l’instrument modifie considérablement l’approche de la musique pour limonaires : Ce que Walter et DECAP ont apporté de nouveau c’est le côté humain dans les sons.  Lorsqu’on joue sur un orgue, moi j’appelle ça des sons droits, alors qu’ici dans chaque tuyau d’orgue, il y a une technologie qui permet de faire chanter les tuyaux comme une voix humaine avec des nuances, des trémolos qui n’existaient pas avant l’informatique et qui n’existent nulle part ailleurs que chez DECAP. Mais tout ne fonctionne pas à vent : il y a une batterie, des vibraphones, des marimbas, il y a un accordéon étonnant qui joue tout seul en s’ouvrant et se fermant. C’est incroyable la technologie qu’ils sont parvenus à y mettre. Essentiellement, l’instrument est composé de tuyaux d’orgues avec différentes tessitures,  les cuivres sont des tuyaux en cuivre, les flûtes des tuyaux plus flûtés.

Afin de garder l’esprit du duo, il fallait conserver le versant acoustique de la performance : pas de baffles, donc, il fallait que le son vive par le souffle de l’instrument, sans que celui-ci n’écrase le duo et ne donne l’impression de diriger la musique, celle-ci étant programmée et donc non modulable : Walter nous dit qu’il faut qu’on ait l’impression que  ce soit nous qui dirigions l’instrument alors qu’il est automatique. C’est lui qui nous pousse, nous donne des ailes, nous incite à courir sur scène, à retrouver ces mouvements que nous n’avions plus dans Belem : avec Kathy en duo, j’étais assez statique tandis qu’ici avec les flûtes, je vais jouer avec l’orchestre qui me pousse. Quant à la latitude que ça nous laisse, on n’a jamais été des improvisateurs, on a toujours joué une musique écrite par Kathy et moi. Ici, on est toujours dans une musique écrite avec des moments de liberté parce que l’orgue ne joue pas tout le temps, et parfois l’orgue nous accompagne et dans l’accompagnement on est libre dans un espace non modulable, c’est en fait une musique orchestrale, très écrite. Le côté mécanique de l’orchestrion, Didier Laloy a bien conscience qu’il pourrait déshumaniser la performance du duo, d’où la volonté de chercher de nouvelles voies : Il faut qu’on garde cette bulle du duo qui plaît aux gens, ce côté très humain dans notre musique. Je suis pour l’instant en train de travailler avec Eric de Staercke afin de  trouver des pistes pour faire vivre l’instrument sur scène par des jeux de regards, de mouvements, pour éviter qu’on ne pense que c’est simplement une bande-son qui défile derrière nous, il faut rendre l’orchestrion vivant. Tout en maintenant la face magique de la performance qui à coup sûr fascinera le spectateur : Pour garder le côté mystérieux, on ne dévoile pas tout sur notre fonctionnement avec l’instrument. On a un moment de peut-être deux minutes en duo, puis une flûte vient doucement se glisser dans la musique, puis une basse… Et le public se demande comment c’est possible que ça arrive au bon moment. 

www.didierlaloy.be

 

Belem & The Mekanics sera au Théâtre Marni du 21 au 25 novembre, pour la sortie du cd sur le label  Igloo records.