Lauréat du « Sabam Award » réservé aux jeunes talents, Félix Zurstrassen  est impliqué dans de nombreux groupes et prépare son premier projet personnel. Entretien.

Avoir un père musicien a-t-il été déterminant dans ton parcours ?
J’ai commencé le solfège à huit ans, en même temps qu'une année de piano mais je n'ai pas eu d'atome crochu avec le professeur, et puis ensuite deux années de batterie… sans coup de coeur non plus. Du coup, j’en suis arrivé à terminer mon cycle de solfège sans instrument. C’est plus tard que j’ai commencé la basse électrique. J’avoue que j’ai eu un moment de rejet envers la musique parce que mon père était musicien, mais vers 16 ans, je me suis intéressé au jazz, j’ai pris goût à l’improvisation, ce qui finalement m’a servi pour apprendre la technique, découvrir la tessiture…  Et là, mon père a joué un rôle important : tous les soirs,  on jouait ensemble, c’était une chance d’avoir un père avec qui je pouvais jouer dans un contexte musical plus nourrissant et riche que ce qu’on peut avoir avec un logiciel type « play alone ». J’ai progressé très vite, ce qui m’a permis à dix-huit ans d’entrer au Conservatoire.

Quelles ont été tes premières influences ?
 J’ai très vite accroché à Jaco Pastorius, pas tellement au travers de Weather Report, mais j’ai aimé son disque en solo, c’était mon coup de cœur, un live de Chicken avec John Scofield, des videos-pirates avec Hiram Bullock… J’ai aussi accroché très vite à la musique d’Aka Moon et à Michel Hatzigeorgiou. 

Et quand débutes-tu la contrebasse acoustique ?
Après le Conservatoire, je me suis décidé à acheter une contrebasse sans savoir si j’allais aimer. J’ai travaillé un an en autodidacte, mais l’instrument est tellement complexe que je me suis dit que je devais revenir au Conservatoire. J’y ai travaillé avec Jean-Louis Rassinfosse puis avec Christophe Wallemme. Le rôle de l’instrument est le même qu’il soit électrique ou acoustique, la différence… c’est qu’on ne peut pas faire la même chose avec les deux instruments. J’ai dû entamer tout un travail de réflexion sur mon propre jeu, simplifier certaines choses, être plus efficace.

Le premier grand projet jazz auquel tu participes est le LG Jazz Collective.
La commande du Festival de Liège nous a permis de jouer des compositeurs liégeois, puis on a élargi le répertoire aux compositeurs belges : Nathalie Loriers, Éric Legnini, Alain Pierre,… Beaucoup de gens me disent encore maintenant que c’était fou de retrouver autant de jeunes talents dans ce groupe. Il s’est passé beaucoup de choses dans les années 2000, il y a eu de nombreux mélanges de genres avec la pop, le rock, ça répondait à l’attente d’un public. L’accès à internet est aussi de notre génération, on a eu connu de nouvelles choses, des harmonies différentes. Les batteurs ont aussi  pris ces dernières années une place différente, ça apporte de la fraîcheur. 

Tu joues aussi dans deux trios avec piano.
Oui, en fait, mon tout premier groupe c'était avec Pierre de Surgères et Teun Verbruggen et ça a été une expérience vraiment enrichissante pour moi, une expérience qui m’a permis de progresser. Quant au trio avec David Thomaere, il s’est formé à l'occasion de son examen final de Conservatoire. Les influences musicales de David sont tout autres que celles de Pierre, plus accessibles au niveau des sonorités, assez rondes, assez généreuses, moins conceptuelles que la musique de Pierre et ceci est dit sans aucun jugement de valeur. Sa musique est plus pop aussi, style dans lequel David s’investit beaucoup en Flandre aujourd’hui. 

Tree-Ho réunit les deux Pierre.
J’ai complété le cercle familial ! C’est un trio qui s’est fait naturellement. Vu les spécificités de l’écriture d’Alain Pierre qui écrit à la guitare avec beaucoup d’harmonies, je me sentais plus à l’aise à la basse électrique qu’à la contrebasse pour exploiter sa musique. 

Une belle rencontre a sans doute été celle de Fabrizio Cassol pour Conference of the Birds.
C’est une de mes plus belles expériences musicales. Fabrizio Cassol était désireux de rencontrer la jeune génération. Fabrizio nous a présenté ça comme un laboratoire sur des compositions dont il ne savait pas encore comment les traiter. Malgré son expérience, il n’a jamais imposé des idées, il y avait des interrogations, il guidait les choix sans jamais mettre des barrières. Très vite dans le processus, il y a eu des images, l’énergie par rapport à la nature par exemple. Une recherche très intéressante avec des dizaines de séances. 

URBEX est le projet qui tourne le plus pour le moment.
C’est le gros projet des dernières années dans lequel je m’implique beaucoup. Antoine amène des idées très originales et l’équipe est très soudée. On a donné quelques concerts formidables qui sont de bon augure pour le prochain album.

Tu es en train de mettre sur pied ton premier projet personnel, un trio avec le guitariste Nelson Veras ?
Nelson est un musicien que j’admire depuis que je l’ai entendu avec Aka Moon et avec Stéphane Galland et Malik Mezzadri. Avec toutes les expériences qu’on a vécues, Antoine et moi, avoir quelqu’un qui en terme d’expérience est plus avancé que nous et peut nous tirer vers le haut est important.  Quand je me suis mis à écrire, j’avais en tête son jeu et par rapport aux difficultés inhérentes à mes compositions, je me suis dit que Nelson serait quelqu’un qui pourrait sans problème prendre le matériel écrit et le faire vivre sans avoir de limites… La première fois, nous avons répété pendant trois heures et ça a tout de suite fonctionné aussi bien musicalement que humainement. On s’est revu plusieurs fois pour répéter  avant d’enregistrer une démo. Je voulais que ça sonne déjà comme un album, l’intérêt étant d’avoir quelque chose de très bonne qualité à faire écouter aux professionnels en Belgique mais aussi à l’étranger pour les festivals.  Je compose au piano, mais le fait de faire jouer ma musique par un guitariste change le son et apporte quelque chose de différent. La liberté, l’espace laissé dans un trio est aussi une formule qui me convient bien, sans parler de la souplesse au niveau organisationnel… J’ai déjà sept concerts programmés en Belgique pour rôder le répertoire. J’ai envie que les choses se passent de façon mature. 

Tu viens aussi d’être récompensé par un « Sabam Award ».
J’ai été très touché par ce prix, par le fait que le jury ait souligné mes qualités de sideman, le fait que je m’implique sur les deux instruments. On ne réalise pas toujours le travail, les subtilités que le sideman peut amener dans un projet, ça nourrit la créativité du leader. Le sideman est là pour servir un projet en mettant ses goûts de côté, mais il est aussi important de donner son avis. Il faut gérer cela de façon assez souple. Ce prix va aussi me donner une visibilité à un bon moment. 

Prochains concerts

1er décembre - Félix Zurstrassen Trio - Sounds Jazz Club // Brussels, BE
02 décembre - Félix Zurstrassen Trio - Private Concert // Sart-lez-Spa, BE
15 décembre - Antoine Pierre Urbex - L'An Vert // Liège, BE