Urbex, d’Antoine Pierre, est né à la suite d’un travail de fin d’études au conservatoire et s’est concrétisé, en 2016, par un excellent premier album salué par la critique et le public. Cet engouement et le bonheur que cela a procuré au boulimique batteur belge l’ont poussé à écrire une suite.

Rendez-vous est pris chez Antoine Pierre pour tenter un « track by track » du nouvel album : Sketches Of Nowhere. Après un brunch sain et bio pour accompagner une passionnante et longue conversation, on s’installe devant une grande enceinte et l’on écoute le premier titre. Et on se laisse embarquer par l’histoire, entre réalité et imaginaire, perdu dans un univers étrange, groovy et atmosphérique. Quelque part entre ce que l’on connaît, ou croit connaître, et des surprises déstabilisantes, plus floues, plus chimériques. On navigue entre utopie et dystopie. Et on ne dira pas un mot. 47 minutes et 55 secondes en apnée.

Avec ce nouvel album, Urbex est passé de l’octette au quintette. Du moins dans la conception initiale du leader car si la base tourne autour de Bram De Looze (piano, Rhodes), Bert Cools (guitare), Jean-Paul Estiévenart (trompette) et Félix Zurstrassen (basse), le batteur a invité ponctuellement Fred Malempré, Toine Thys, Steven Delannoye, mais aussi Ben Van Gelder (sax) et Magic Malik (voix, flûte). Rien n’est donc jamais figé et tout est en perpétuelle évolution. Cela se ressent aussi dans l’écriture où la place à l’improvisation s’est encore agrandie.

En quintette, je peux amener des choses relativement plus simples et laisser plus de liberté aux musiciens, nous confie Antoine Pierre. Pour le premier album, il y avait de longues partitions, remplies d’infos, maintenant cela tient en une demie page A4. Par contre, c’est précis, même si ce n’est pas noté sur la partition. Cela me permet de jouer différemment, de jouer avec l’espace, de pouvoir me retirer, de dépouiller ma musique et de mieux nous adapter en fonction des lieux où l’on joue. Le quintette n’est pas moins puissant mais l’énergie est répartie différemment.

La différence avec le premier album ne s’arrête pas là. Cet album est plus court et musicalement, j’ai beaucoup plus exploité le potentiel des musiciens. Dans le premier, ils étaient au service de ma musique et ici, mon écriture est au service de leur potentiel et de leur personnalité.

L’esprit de Miles plane sur cet album et le titre Sketches Of Nowhere, subtilement proposé par Paméla Malempré, muse et compagne du batteur, n’est pas innocent.

J’ai beaucoup écouté mes premières amours, la période Miles électrique, c’est vrai. Pouvoir tourner vingt minutes sur un accord et raconter mille histoires différentes m’a toujours fasciné. J’avais besoin de ce côté progressif et les musiciens m’ont suivi et m’ont apporté plein de choses uniques.

Le groupe s’est donc retrouvé en résidence au Studio Pyramide pour apprendre à se connaître mieux encore. Jean-Paul ou Félix n’ont pas la même approche, même s’ils jouent ensemble dans différents projets. Bert et Bram sont deux personnalités diamétralement opposées. Bram a un trip musical complètement différent du mien. Canaliser tous ces différents courants était excitant et enrichissant. 

En studio, le groupe trouve des idées, mixe le son rock et jazz, évite la surproduction et privilégie la spontanéité. Après une journée de dingue, on avait décidé de jouer un des morceaux sans se mettre une seule contrainte. De cette version de vingt minutes, j’en ai extrait sept. Le lendemain, sur une suggestion de Bert, j’ai demandé à Magic Malik, qui n’avait rien entendu, d’aller en cabine et d’improviser. J’ai envoyé le son sans aucune indication et, en une seule prise, c’était dans la boîte.

L’électro prend aussi beaucoup plus de place. Pour cela, Antoine Pierre a pu faire confiance à Bert Cools. Ce n’est pas un vrai guitariste, c’est bien plus que ça. Après l’enregistrement, pour finaliser certains détails, on a refait de courtes sessions et Bert n’a pas touché sa guitare. Juste avec ses pédales d’effets, il a fait passer mes solos de batterie en live, ce qui m’a auto-influencé. 

À l’écoute de l’album, on se dit que le travail en studio n’a pas dû être une mince affaire et que le travail de Vincent De Bast sur le son fait partie intégrante du projet. Comment refaire vivre cela en live ? C’est un processus très ouvert. Sur disque, on se devait d’être assez concis tout en gardant l’idée que l’ont pouvait faire progresser les morceaux en live. On peut faire un morceau en trois minutes comme on peut le développer en vingt et c’est cette liberté que l’on se donne.

www.antoinepierremusic.com

Antoine Pierre Urbex
Sketches Of Nowhere
Igloo Jazz