Stratégie, plan de développement, nouveaux rendez-vous à l’écran et émissions repensées : ça bouge, sous les antennes du boulevard Reyers ! Et les artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles là-dedans ? Ils ne devraient pas s’en sentir plus mal, nous glisse-t-on… Rencontre avec deux des artisans de ce renouveau.

C’est le 28 janvier dernier que Plan Cult a débarqué dans nos petits écrans. Identité particulière, envie de toucher tous les publics, installation sur La Trois, cette chaîne moins fréquentée que La Une et La Deux : en une émission, la transformation concoctée au boulevard Reyers se dévoilait très concrètement, et Hakima Darhmouch voyait là un premier chantier se terminer.

Plan Cult est né d’un constat, explique la nouvelle responsable du pôle Culture et Musique à la direction générale des contenus. On n’avait plus d’agenda culturel peps, incarné par quelqu’un qui puisse porter le projet, parler avec ses tripes de ses coups de cœur, mettre en avant nos lieux culturels en sillonnant la Fédération Wallonie-Bruxelles… Bye le studio, Plan Cult, c’est en effet 40 émissions et donc 40 lieux différents, avec à chaque fois un artiste présent sur place, des rencontres d’univers différents… De fait, ça n’existait pas !

Plan Cult a aussi été pensée avec les codes digitaux, reprend Hakima Darhmouch. Et c’est un contenu qu’on n’a jamais vraiment vu sur La Trois, en l’état en tout cas. La moyenne d’âge tourne plutôt autour des 37, 40 ans, alors que l’âge moyen de La Trois, c’est 60. Le mot-clé du public affinitaire et d’une chaîne comme celle-là, c’est l’approfondissement, mais aussi la découverte. On peut y retrouver un Denis Meyers pour le street art, un Roméo Elvis, une story avec Lomepal… Ce public affinitaire, on l’invite donc également à la découverte, parce qu’il cherche aussi de nouvelles expériences.

Nous, eux, qui ?

Affinitaire ? On a tenté d’identifier les publics à la RTBF. Résultat des études menées ces deux dernières années : « Nous », « Affinitaire », « Jeunes adultes » et « Nouvelle génération ». C’est selon ces quatre axes que le plan de transformation va se mettre en place. On a pu identifier les besoins précis de chacun de ces publics. En matière d’info, en matière de divertissement, en matière notamment de culture et de musique. Ce qui nous permet de mieux nous adresser à ces publics en fonction de leurs codes, de leurs envies… Entendons-nous : cela ne veut pas dire pour autant qu’il s’agit-là de cases étanches et figées. Un jeune adulte peut très bien écouter de la musique pop et en même temps adorer Mozart ou aller voir un bel opéra à la Monnaie. Simplement, la manière de s’adresser au public sera un peu plus affinée. 

Cette identification des publics et de leurs « besoins » donnera lieu à une nouvelle mouture de D6bels On Stage. Auparavant, D6bels était une émission de musique live, commente Sylvestre Defontaine, en charge des segments « Jeunes Adultes » et « Nouvelle Génération ». On y mettait des groupes, et la programmation n’était pas axée sur un public particulier. Aujourd’hui, elle est axée sur celle de Pure, parce que c’est le même segment « Jeunes Adultes ». Et c’est Pure qui donne le « la ». Par conséquent, il y a des groupes qui jouaient dans D6bels qui n’ont plus vocation à y jouer aujourd’hui, mais qui ont vocation à jouer dans d’autres émissions dans d’autres segments.

Ce nouveau D6bels On Stage sera à l’antenne le 20 mars. Sur La Deux, donc. Hakima Darhmouch : Quand on a voulu retravailler ce concept, on l’a fait à fond. Avec l’air du temps, avec la mutation technologique et numérique dans laquelle on est plongés. On y a donc intégré un storytelling et des codes liés à l’émergence du monde digital et au public qui consomme des vidéos, du contenu musical uniquement sur ce genre d’appareils. Toute l’écriture de cette nouvelle mouture a été identifiée en fonction des besoins du public, en fonction des codes qui le captent et avec une programmation musicale qui le concerne aussi. On aura ainsi à la fois de la pop rock mais en même temps de la musique urbaine. 

Et les artistes en développement ?

Encore une fois, il ne s’agira pas là d’une case figée. D6bels sera aussi une invitation à la découverte, servira également à donner un coup de pouce à de nouveaux talents. Particulièrement ceux de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous avons une reconnaissance incroyable sur la scène européenne en matière de musique urbaine et de hip hop. Si on peut continuer à accompagner les nouvelles pépites… Pareil pour la pop, pareil pour d’autres registres musicaux : ça fait partie aussi de nos missions de service public. 

La mise en avant des artistes de la Fédération n’a donc pas disparu du cahier des charges. Et leur développement de se poursuivre, juste mieux défini dans cette nouvelle philosophie. Sylvestre Defontaine : Si on considère le développement d’un artiste de la Fédération Wallonie-Bruxelles, on a différents stades. Il a une porte d’entrée sur Pure, parce qu’eux ont vraiment cette vocation de développer ces artistes au quotidien. Il y a « Nous » (le pôle, donc, producteur de contenu - ndlr), dans toutes nos émissions, où on peut placer des artistes et pas uniquement musicaux. Puis il y a des relais dans l’entreprise : une Alice On The Roof est entrée par le prisme de Pure, mais elle aurait pu entrer par celui de Plan Cult si on avait été là à l’époque, elle se retrouve maintenant sur Viva et sur la Grand Place dans un programme de La Une. 

L’attention est portée sur tous ces artistes qui ont développé une belle carrière, résume l’ex-journaliste de RTL, mais n’oublions pas ceux qui démarrent ou qui ont eu un démarrage plus lent. Et son collègue de conclure : Dans D6bels, on a aujourd’hui des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui peuvent inviter un artiste en développement, pour venir faire un duo avec lui. Dans toutes les « mécaniques », nous avons vraiment une réflexion là-dessus. On le verra encore cet été sur le terrain : les logos de la RTBF ne seront pas forcément partout dans les festivals, mais quand même. Depuis cinq ou six ans, on a pour politique de vraiment mettre l’accent sur les festivals francophones. Je pense par exemple que les festivals francophones ont plus besoin d’un soutien médiatique que de gros festivals « flamands ». Dont on reste ceci dit partenaire média.

Dans ce tableau qui se redessine peu à peu, Tarmac développe aussi sa stratégie musicale, tentant l’aventure du live. Même chose chez Pure FM : les envies de développer le live bouillonnent, dit Sylvestre Defontaine. Qui rappelle que le plan n’a été mis en place qu’en septembre. Plan Cult est donc une avancée façon « pas de géant » : C’est le meilleur exemple de ce développement ! Quant à The Voice, en cours de 8e saison ? L’émission émane du pôle divertissement, même si c’est une émission musicale. Là aussi, on a une application concrète de cette nouvelle identification des publics. C’est une émission qui fédère, donc elle est diffusée sur La Une. La Une qui est identifiée dans un public « Nous », c’est-à-dire le large public, qui est rassemblé autour d’un grand événement comme l’Eurovision ou la Coupe du Monde de Foot, qui consomme de la chanson plus populaire, et à la RTBF, on ne voit rien de péjoratif là-dedans. Les coachs incarnent ce type de public-là, précise Hakima Darhmouch. Je pense à Slimane notamment ou à Vitaa. Matthew est un peu plus pop rock, ce qui permet peut-être d’attirer un autre public, tout comme Typh Barrow avec son côté groovy et jazzy. L’idée n’était pas forcément de brasser large mais d’avoir un jury crédible. Et la chance qu’on a, c’est qu’ils correspondent à des univers musicaux différents, ce qui fait que cette émission ne s’essouffle absolument pas après huit saisons. Sylvestre Defontaine : C’est plus ou moins marqué selon les années, mais il y a toujours eu la volonté d’avoir un juré qui soit dans la ligne d’une des radios. Joshua, au départ, c’était pour Pure, Thyph Barrow est une artiste qui a été développée par Classic 21, Vitaa et Slimane sont des artistes plutôt Viva, BJ Scott était clairement Classic 21…

Affaire à suivre donc, comme on dit. D’autant que là, on ne vous a encore rien raconté du DAB+, ce « Digital Audio Broadcasting » appelé à remplacer définitivement et à fournir plus que la FM, moyennant l’appareillage adéquat. Qui dit nouvelles possibilités techniques dit nouvelles offres thématiques, sur les ondes ou sur le web. Promis, on y reviendra !