Cela fait maintenant des années que l'on parle du DAB, vite disparu, et du DAB+, appelé à davantage durer, comme d'une véritable révolution dans le monde de la diffusion radiophonique. Se colportent à ce sujet bon nombre d'inexactitudes, d'approximations et puis aussi de vœux pieux. On a tenté d'en savoir plus en commençant par répondre à une question plus pertinente qu'elle ne le semble de prime abord : déjà, c'est quoi le DAB+, en fait ? 

Balayons donc une erreur souvent entendue. Le DAB+ n'est pas une sorte de Wi-Fi. Cela n'a rien à voir avec la 4G, la 5G, ni même avec Internet... Acronyme de « Digital Audio Broadcasting », il s'agit en fait de diffusion numérique. De la transmission hertzienne donc mais ni en modulation de fréquence (FM), ni en modulation d'amplitude (AM). Le Wi-Fi, c'est un mode one to one, via une adresse IP attribuée, nous explique Jean-Jacques Deleuw, rédacteur en chef de BX1 (ex-Télé Bruxelles), ex-directeur chez RTL et ex-Radio SIS, célèbre radio libre des années 80. Or, le broadcast, la diffusion donc, c'est un mode one to many. Comme la radio à l'ancienne donc, sauf que le passage au numérique permet de considérablement augmenter le volume d'informations transmises dans les airs. Alors que sur la bande FM un seul diffuseur occupe une fréquence  sur un territoire donné, en DAB+, cette même fréquence pourrait par exemple relayer 16 stations plutôt musicales ou 32 plutôt consacrées à la parole. La magie des bits. Le DAB+ reste toutefois beaucoup plus limité qu'Internet. En plus du son, on parle en principe juste de voir s'afficher la photo de l'animateur, les références du morceau de musique diffusé ainsi que la météo et les infos trafic.

Les « arguments de vente » sont plutôt techniques : meilleur confort d'écoute (« qualité CD, pas d'interférences », un système plus fiable et moins onéreux à entretenir pour les opérateurs, un réseau d'émetteurs couvrant largement le pays...). La gratuité aussi, vu que cette technologie ne nécessite pas d'abonnement, juste un récepteur. En revanche, contrairement aux radios en streaming, il est impossible d'écouter une radio belge en DAB+ en dehors du pays... Ou même de l'une de ses régions. La fréquence est limitée à un territoire donné et dès que l'on quitte celui-ci, l'attribution de cette fréquence n'a plus du tout cours. Comme pour la FM, donc. Jean-Jacques Deleeuw est d'ailleurs catégorique : Le vrai concurrent de la DAB+, c'est le Wi-Fi. C'est d'ailleurs pourquoi une vraie révolution DAB+ tarde à véritablement s'imposer et que certains y voient carrément une usine à gaz. C'est en fait parti du Royaume-Uni où ça s'est surtout imposé pour des raisons géographiques, nous explique Jean-Jacques Deleeuw. Il y était plus simple d'émettre en DAB+ qu'en FM. Mais ici, c'est vrai qu'on en parle depuis 2005 et 15 ans plus tard, il faut tout de même pouvoir reconnaître que si on n’est pas nulle part, on n'est quand même pas très loin.

Certains n'hésitent en fait pas à parler d'un tour de passe-passe de la part des équipementiers, qui pousseraient à remplacer la FM par le DAB+ comme on a  poussé la mort programmée du vinyle au profit des CD à la fin des années 80… et la mort programmée du CD au profit du vinyle et du streaming aujourd'hui. Il est vrai qu'un récepteur DAB+ coûte sensiblement plus cher qu'une radio FM (on trouve désormais des transistors FM d'entrée de gamme à moins de 10 euros) mais le prix de ces récepteurs n'a rien de véritablement scandaleux, variant de l'abordable au franchement onéreux comme pour tout ce qui est électroménager. La plupart des voitures récentes sont également équipées de récepteurs DAB+ dès l'usine. Selon JJ Deleeuw, force est toutefois de reconnaître que les radios Wi-Fi marchent mieux. Les gens n'achètent pas massivement de nouveaux appareils DAB+. 

Pourquoi dès lors tout ce ramdam ? Pourquoi parler de la fin de FM dans un futur proche alors que ce réseau reste une norme mondiale ? En fait, seule la Norvège possède aujourd'hui un réseau radiophonique 100% numérique, la bande FM y ayant été définitivement débranchée en 2017. Comme pour le Royaume-Uni, c'est surtout lié à la topographie du pays : fjords, montagnes, conditions climatiques difficiles et population éparpillée. Passer au numérique a aussi coûté nettement moins cher à l'état norvégien que de rénover son vieux réseau d'émetteurs traditionnels. Ce choix a toutefois fait l'objet de vives polémiques, notamment parce que si l'état réussit à économiser pas mal d'argent, ce ne fut pas le cas de la population qui fut bien forcée d'acheter des récepteurs numériques… sans trop de choix alternatifs. Une phrase à retenir, citée dans un article du journal Le Monde  : Nous avons des taxes si élevées sur les voitures que nous avons beaucoup de vieilles voitures. Payer pour de la radio n’est pas dans l’ADN des Norvégiens.

À un niveau plus institutionnel, en Belgique, on peut aussi se demander si c'est très « moderne » d'encore devoir recourir au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) pour se voir attribuer une fréquence quand on veut diffuser de la musique et des talkshows... chose qui se fait en deux minutes trente douche comprise  sur Internet, en exagérant à peine. Le CSA donne donc des autorisations d'émettre et attribue des fréquences. Et pour émettre, il faut passer par la RTBF, l'opérateur historique qui gère la plupart des émetteurs. Bref, en gros, si RTL veut émettre en DAB+, elle doit passer par le matériel géré par la RTBF. Jean-Jacques Deleeuw : On n'est toutefois pas dans un schéma de concurrence, plutôt de rapport entre clients et fournisseurs de services. Du temps de l'explosion des radios FM, on se souvient pourtant de guéguerres interminables et politisées entre radios libres et privées et la  RTBF au sujet, justement, du plan de fréquences du CSA. Cela pataugea et s'empoigna mais la différence majeure, c'est que si la FM était vite saturée, le DAB+ offre nettement plus de places disponibles. Ce qui n'empêche pas certains projets d'avoir été recalés par le CSA et certaines nouvelles stations d'avoir  été, semble-t-il, lancées à la va-vite surtout histoire d'occuper de l'espace.

Le passage au DAB+ semble quoi qu'il en soit plus facile à obtenir du CSA que jadis le droit d'émettre en FM. Même pour les petites radios. KIF Radio, la station R&B/hip-hop, a ainsi été reconnue pour 9 ans tant en FM qu'en DAB+ en juillet 2019. Du côté de Radio Campus Bruxelles, le son de cloche est aussi drôlement moins passionné que du côté des grandes chaînes, pour qui ce passage de la FM au DAB+ est claironné comme véritablement révolutionnaire. Jean-François Henrion, le permanent de Campus, nous l'explique tranquillement : Cette année, le CSA a demandé aux radios si elles voulaient une fréquence en DAB+. On a fait une demande et on l'a obtenue, comme la plupart des radios associatives. C'est pour nous un nouveau moyen de diffusion, au coût pas astronomique, donc pourquoi pas ? Cela dit, nous ne pensons pas que la FM va disparaître en 2022 comme on peut parfois le lire. Il faudrait déjà attendre que tout le monde soit équipé de récepteurs DAB+, à la maison et en voiture et ce n'est vraiment pas gagné. En fait, les manières d'écouter les radios se sont tout simplement diversifiées : FM, DAB+, stream, podcast... Donc, on ne s'en fait pas vraiment. Alors, beaucoup de bruit (numérique) pour pas grand-chose ? Pour un changement qui s’avère finalement plutôt  technique…