Les salons, marchés et festivals de showcases : utiles pour nos artistes ? À cette question pourrait être donnée une réponse de Normand tant l’offre du genre s’est aujourd’hui accrue, un peu partout en Europe. Un peu de débroussaillage s’impose donc…

Bruxelles a enfin son festival de showcases ! On ne cachait pas sa joie, tant chez KuratedBy (Alexandre Stevens et Mathieu Fonsny) que dans l’agence à l’initiative des FiftyFifty Sessions, à l’heure d’annoncer la première édition du FiftyFifty Lab et d’un line-up concocté par les meilleurs festivals « alternatifs » d’Europe et du Canada. Mailing, réseaux sociaux et autres : la communication était au point, impossible de louper l’info ! La manifestation n’ayant pas encore eu lieu au moment d’écrire ces lignes (elle est programmée pour les 7 et 8 novembre), on aura probablement l’occasion d’y revenir dans un prochain Larsen.

Les festivals de ce genre, ouverts au public mais où les concerts « de présentation » sont assortis de conférences, ateliers et « speed meetings », abondent désormais et font partie des outils de promotion à la disposition des artistes désireux de s’exporter. On en a fait plein, nous confirme Damien Aresta, d’It It Anita actuellement en tournée en France. Certains ont eu des répercussions pour nous, à différentes échelles. Mais globalement, il y a toujours eu quelque chose à en retirer.

En 2017, on était allé écouter La Jungle à l’Eurosonic de Groningen. Les Pays-Bas ont charme et attrait(s) mais pour le duo, ça n’avait rien d’un minitrip touristique ! Pareil pour son entourage. Si Didier Gosset, le boss de Black Basset, le label des deux furieux, n’est pas persuadé que ces salons, marchés artistiques et autres festivals de showcases soient absolument indispensables, il admet leur utilité, de par la concentration de programmateurs (tant salles que festivals) qui y assistent. Il faut néanmoins souligner qu'il y a beaucoup de travail à prévoir en amont. Il ne suffit pas pour un groupe d'y être programmé, il est important que son entourage prenne un maximum de contacts et de rendez-vous au préalable, pour s'assurer que les programmateurs ciblés soient là le jour J. La raison est simple : Ces festivals sont tellement grands et l'affiche y est tellement pléthorique que la concurrence est, par défaut, énorme. Et bien souvent, quelques noms d'artistes circulent déjà entre « pros » avant l'événement.

Selon Didier Gosset, ces journées souvent très éprouvantes peuvent dès lors rapporter gros en matière de contacts, programmation future, voire « deals » avec des bookeurs et autres. Martin Grégoire de Glass Museum ne dit pas autre chose : l’Eurosonic en janvier passé s’est avéré hyper bénéfique (sic) pour son duo : On le voyait comme un passage obligé. C’est une étape pour gagner une visibilité à l’étranger. Mais on n’avait pas plus d’attentes que ça… Et puis on a joué à une super bonne heure, en fin de soirée, dans une ambiance géniale. On a rempli une salle de 300 personnes, dans une chapelle. Par la suite, on a eu trois propositions de bookeurs hollandais et facilement une dizaine de dates en plus aux Pays-Bas.

Martin souligne lui aussi l’importance du travail en amont. Il y a toujours six ou sept groupes qui jouent en même temps dans ces festivals. Le choix est large. Pour l’Eurosonic, notre agent, manager (Maxime Lhussier, d’Odessa - ndlr) avait prospecté parmi les pros qui allaient être sur place et les avait invités à voir le concert. Du coup, on a eu cette salle remplie. Avoir quelqu’un derrière, qui connaît le réseau des pros à l’étranger, pour les relancer, ça peut vraiment ouvrir des portes super importantes. La preuve par… l’absurde : On a été au Wave Vienna en Autriche. C’était le 5e concert de notre carrière. Là, on n’avait pas encore de management, pas d’encadrement… et on est arrivés les mains dans les poches, sans trop savoir ce qu’on y faisait. On a joué devant 20 personnes ! Ça n’a servi à rien !

Les Belges et la deuxième couronne

Ces marchés et festivals de showcases ne sont pas tous utiles pour nos artistes, considère-t-on en haut lieu. Chez Wallonie-Bruxelles Musiques, voilà un moment déjà qu’on investit beaucoup plus dans les festivals qui relèvent, selon les termes de son directeur, Julien Fournier, de la « deuxième couronne ». De fait, à côté des incontournables Great Escape, MaMA, Printemps de Bourges et autres Eurosonic (près de 350 groupes et artistes européens, 4.000 professionnels internationaux) existe une série de festivals du même type mais d’envergure plus réduite. Certains (le MENT de Ljubljana, le Monkey Week à Séville, …) font partie d’un réseau, l’Innovation Network of European Showcases (INES). Julien Fournier leur prête au moins une vertu : Nos artistes pour la plupart ont surtout besoin de premiers contacts, de premières scènes à l’étranger. Il est donc plus intéressant pour eux de trouver des petits programmateurs et des petits labels prêts à prendre des risques. Ces gens-là se contactent et se rencontrent plus facilement dans les petits festivals que dans les gros.

Wallonie-Bruxelles Musiques, qui entend se positionner au plus près de l’émergence, joue les RP, les « insiders » de la musique belge vis-à-vis des programmateurs de ces festivals de showcases. Sa communication sert aussi à inciter les nouvelles structures à y aller. Aujourd’hui, nous disposons d’un budget qui permet, pour chaque événement, de leur payer des accréditations, une « dringuelle » pour l’hôtel et le transport. Nous organisons aussi des séances d’information en amont avec les groupes. Pour certains, nous essayons de trouver des RP sur place qui vont faire leur comm’ en plus de celle du label.

En FWB, les groupes ont parfois la particularité d’être… particuliers. L’exportation devient alors primordiale et certains semblent s’en être fait une spécialité. En 2018, signale Julien Fournier, les deux groupes qui ont le plus joué à l’étranger sont La Jungle et Cocaïne Piss. C’est assez parlant… C’est là qu’on a un rôle à jouer : ce sont des groupes pour lesquels 500 euros, ça change la vie, pour un déplacement, pour de la promotion…  Martin de Glass Museum renchérit : Comme on joue une musique instrumentale, notre réseau ne peux pas se limiter à la Belgique ni à la France. En Belgique, en Wallonie et à Bruxelles, on a quand même vite fait le tour. On ne passe pas en radio et on ne peut pas viser un succès populaire. Plutôt un succès live : nous sommes obligés de nous exporter et il est donc d’autant plus important d’aller voir à l’étranger ce que les autres festivals peuvent proposer. Pour des formules comme la nôtre, c’est indispensable !

www.ines-festivals.eu

QUELQUES INCONTOURNABLES

À côté des grosses machines que sont notamment l’Eurosonic (du 15 au 18.01.20 - www. esns.nl), le Printemps de Bourges (du 21 au 26.04.20 - www.printemps-bourges.com) et le Reeperbahn (du 16 au 19.09.20 - www.reeperbahnfestival.com), d’autres manifestations affichent leur spécialité : Classical:next à Rotterdam pour le classique (du 18 au 21.05.20 - www.classicalnext.com), Womex pour la sono mondiale (www.womex.com), Visa For Music à Rabat pour booster la visibilité internationale du continent africain et du Moyen-Orient (www.visaformusic.com), la « biennale » Belgian Jazz Meeting (belgianjazzmeeting.be)… pour le jazz, le tout nouveau et gratuit Waterfront Festival à Gand (www.wtff.gent), ProPulse bien sûr (bientôt une nouvelle formule, dit-on), ou encore Crossroads, « vitrine des Hauts-de-France » (www.crossroadsfestival.org).