Ça commence à se savoir, la production et la diffusion de musique ont un coût écologique conséquent. Ce ne sont pas que les vinyles et les CD's qui impactent l'environnement. Le streaming, avec ses serveurs qui chauffent constamment, ne sont pas vraiment eco-friendly non plus. Consommer de la musique, c'est donc détériorer, ne fut-ce qu'un tout petit peu, la planète. Y-a-t-il une solution durable ? Rien n'est moins sûr...

En gros, pour fabriquer un disque de vinyle, il faut des machines hydrauliques et des polymères fondus de polychlorure de vinyle (PVC). C'est une vieille technologie. À quelques détails près, on presse aujourd'hui les disques comme on les pressait en 1920 et il n'est pas certain qu'updater le processus serait vraiment rentable. La production globale est trop anecdotique. On a beau régulièrement lire des articles applaudissant le retour en forme du vinyle, ses ventes en progression, le marché du disque n'en reste pas moins une niche. Tout autour du monde, les usines de pressage encore en activité ne sont plus nombreuses et il n'en ouvre pas vraiment de nouvelles. Une majorité de labels, petits et moyens, ne produisent leurs tirages qu'à quelques centaines d'exemplaires.

Avant 1990 et le déclin du disque vinyle, les polymères nécessaires à cette fabrication étaient principalement fournis par des entreprises pétrochimiques américaines. Celles-ci ont un moment collectionné les scandales d'ampleur et les très gros ennuis avec les agences de protection de l'environnement, avec pour principal résultat qu'aujourd'hui, le matériau de base est principalement exporté de Thaïlande, où la réglementation est drôlement plus laxiste. Autrement dit, ces produits chimiques déjà cancérigènes à la base, qui impactent gravement les eaux et l'air, et dont le recyclage est relativement récent, voyagent aussi beaucoup.

C'est problématique mais à ce jour, il n'existe toujours pas d'alternative crédible au vinyle fabriqué à partir de PVC. Il y a bien des prototypes de « vinyles verts », pressés à partir de matériaux moins nocifs mais ils ont très mauvaise réputation. Pour de mauvaises raisons – ils sont moches et désagréables au toucher. Mais aussi pour de bonnes raisons, le son étant tout simplement atroce. Parviendra-t-on un jour à l'améliorer ? Sans doute. Ce qui ne réglerait en fait qu'une partie du problème. En vinyle ou en CD, le disque ne peut en effet se passer de voyager en avion, en cargos et en camions. Et il continuera à le faire vu qu'il serait tout de même étonnant qu'il existe un jour un circuit court de la musique. 

À ce sujet, celui que l'on appelle Vincent Satan, à la tête du petit label bruxellois Cheap Satanism Records, partage une anecdote très parlante : « Il y a quelques années, j'ai collaboré avec Swilson, un groupe américain basé en Californie. Ils m'ont envoyé 100 copies d'un disque avec l'idée que je les écoule en Europe et quand j'ai ouvert le paquet, je me suis rendu compte que ces disques avaient tous été pressés en Tchéquie. Bref, de Tchéquie, ils ont été envoyés en Californie, avant de revenir vers Bruxelles... » Soit un voyage de plus de 18.000 kilomètres, alors que seulement 1.000 bornes séparent la Belgique de la Tchéquie. Que l'on ne s'y trompe toutefois pas. Si des Américains font presser leurs disques en Tchéquie, ce n'est pas forcément

parce que ce serait seulement financièrement avantageux. C'est surtout parce que l'usine qui se trouve là-bas est connue pour accepter les petits tirages de moins de 500 exemplaires ; un deal pas si évident que ça à dégotter, y compris aux États-Unis...

Il a été calculé qu'un 33 tours est deux fois plus lourd qu'un CD conditionné et nécessite donc davantage de carburant pour son transport. Le compact disc n'est cela dit pas forcément plus vert que le vinyle. Déjà, sa fabrication requiert elle aussi de la chimie et des produits pas spécialement amis de l'environnement. Il faut compter le travail sur le livret, le boîtier dérivé de produits pétroliers et tenir compte d'une chaîne d'approvisionnement qui, tout comme celle du vinyle, peut exiger de sauter par-dessus les océans et les fuseaux horaires. Histoire d'être vraiment complet, il faudra encore ajouter à ce décompte déjà bien fourni l'électricité utilisée en magasin, le mode de déplacement des vendeurs, celui des clients, l'empreinte carbone de l'écoute domestique et puis aussi, la problématique des invendus. Certes, on calcule aujourd'hui mieux ses tirages qu'au temps de gloire et donc de gaspillage du secteur de la musique. N'en demeure pas moins que des disques invendus finissent toujours au pilon, lorsqu'ils ne peuvent être ni déstockés ni  recyclés.

Télécharger, alors ? Une connexion Internet haut débit permet certes de réduire considérablement l'impact d'un téléchargement, étant par essence plus rapide et demandant donc moins d'électricité. Reste que plus les fichiers sont volumineux et de bonne qualité audio, plus cela exige de l'énergie au centre de données. Dans le cas du téléchargement, c'est en fait surtout l'utilisation qui est faite de ces fichiers qui entre principalement en ligne de compte. Écouter plus d'une centaine de fois un fichier présent sur un disque dur d'ordinateur n'a que peu de conséquences écologiques. Écouter plus d'une centaine de fois ce même morceau en streaming consommera en revanche davantage d'énergie et produira des gaz à effets de serre, surtout si le service de streaming se fournit en électricité produite par l'exploitation du gaz, du charbon ou de l'uranium.

Le streaming n'est donc pas non plus une solution « verte ». C'est que derrière les plateformes offrant de tels services, il y a des infrastructures énergétiquement voraces, qui génèrent même potentiellement plus de gaz à effets de serre que l'industrie du disque n'utilise de plastique. Autrement dit, si l'impact écologique de l'écoute unique en streaming d'une seule chanson est totalement négligeable, il vient en fait assez vite un moment où vous polluerez moins en achetant le disque qu'en continuant à écouter la chanson via Internet. Ou en en téléchargeant le fichier, donc. Le problème principal étant que ce n'est pas forcément toujours légal. Ou du moins soumis à davantage de conditions que la possession d'un support physique plus classique. 

Pour devenir un mélomane réellement vert et respectueux de l'environnement, il n'y a en fait qu'une seule solution, assez drastique. C'est de ne plus acheter ses disques, vinyles ou CD, qu'en seconde main et d'occasion, directement en magasin (la vente par correspondance engendrant forcément des dépenses énergétiques et du transport). D'en prendre fort soin et de ne jamais s'en débarrasser en les jetant mais en les revendant ou en les donnant. C'est la façon la plus verte de consommer de la musique. Encore faudrait-il que les systèmes d'écoute n'émettent eux-mêmes pas d'émissions et que leurs fabrications n'engendrent pas de considérables déchets et des pollutions tout aussi interpellantes. Autrement dit, si il existe un jour un support musical eco-friendly au son irréprochable, il faudra encore penser à l'impact des platines, chaînes stéréo, sonos, etc. avant d'avoir la conscience complètement tranquille. Bref, voilà de quoi surtout donner envie de se mettre au biniou.