Implantée en plein cœur de Louvain-la-Neuve, la Ferme du Biéreau a une histoire aussi riche que mouvementée. De l’esprit des pionniers jusqu’à sa mutation récente en maison de toutes les musiques, elle a connu plus de 40 ans d’activités artistiques et communautaires. Retour sur un lieu qui a marqué plusieurs générations de Néolouvanistes.

Pendant longtemps, de la ferme du «Beau Regard» («bierwart» en wallon), on pouvait contempler tout le plateau de Lauzelle, un paysage vallonné typique du Brabant wallon fait de champs et de bosquets. Ferme céréalière appartenant à l’abbaye de Florival, elle a longtemps été une étape pour les pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, les champs de céréales ont laissé la place à un entrelacs de rues et de ruelles typiques de la ville nouvelle.

L’esprit des pionniers

Tout commence en 1972, lorsque l'Université Catholique de Louvain devient propriétaire de vastes terrains sur la commune d’Ottignies pour y construire son nouveau campus. Dès l’origine, le plan directeur prévoyait que les fermes, rares vestiges du passé au cœur de la nouvelle ville, seraient vouées aux arts. La Ferme du Blocry s’occupera du théâtre, tandis que la Ferme du Biéreau, se verra consacrée à la musique. Il ne faudra pas attendre plus longtemps pour que les premières notes y résonnent… Pendant l’été, un camp international est organisé par un groupe d’étudiants pour réhabiliter le lieu. Quelques 150 participants se retroussent les manches pour rafraîchir les lieux. Concerts et  projections ont lieu dans les écuries et attirent un public nombreux. L’évènement fera date.

Dans la foulée, des étudiants s’installent dans le corps de logis et aménagent l’étage en un habitat collectif. Les plus anciens se souviennent d’une époque «glorieuse», une époque de tous les possibles, explique Vincent Pourcelle, habitant et animateur de l’asbl Corps et Logis. Tout a été expérimenté : du micro-concert aux festivals attirant des centaines de spectateurs, en passant par des projections cinéma, des ateliers collectifs, des groupes de réflexion militants, sans oublier le premier bar de Louvain-la-Neuve, dans les caves, parfois transformées en plages de sable pour des soirées cocktail ! Parmi les grands moments qui ont marqué l’histoire du lieu, on retiendra les concerts de Graeme Allwright, Brigitte Fontaine, Pierre Barouh ou François Béranger ou les fameux Day and Night Festivals qui dans les années 80 accueillent Peter Tosh, John Hiatt ou Talk Talk.

Les enjeux de la restauration

Pourtant dès la fin des années 80, le mouvement semble retomber. Petit à petit, les lieux se dégradent jusqu’à ce que l’université décide d’en interdire l’accès au public. En 1999, de nouveaux habitants s’installent à la ferme et redonnent vie au bar et aux écuries… Mais la grange est dans un état de délabrement avancé. Ce qui pousse l’Université et la Ville à se mettre d’accord sur un projet de restauration. L’idée est de transformer les lieux en un nouveau centre culturel dédié à la musique. Un chantier qui durera près de 13 ans et qui coutera 3,5 millions. Si le projet initial prévoyait de rénover toute la ferme, il ne concernera finalement que la moitié du bâti dont la superbe grange du 18ème siècle transformée en une salle de concerts de 400 places, et qui pour l’occasion s'est vue entièrement doublée d'une isolation acoustique de haut niveau.

Mais le climat se détériore avec les habitants de la ferme qui se sentent mis à l’écart d’un lieu qu’ils ont contribué à faire (re)vivre… Un avis d’expulsion est même prononcé. Face à la résistance des habitants, il ne sera néanmoins pas exécuté et les discussions aboutissent à un accord qui entérine le maintien du logement sur le site en contrepartie de la cession du nom de l’asbl «Ferme du Biéreau» au futur centre culturel. L’inauguration a lieu en 2005. Gabriel Alloing, le nouveau directeur, arrive en 2008 avec pour première mission de former une équipe et de ficeler une première saison. Dès le départ, ce qui a fait la singularité du lieu, c’est que nous voulions y faire résonner toutes les musiques, explique Gabriel Alloing. Un sacré défi car nous devons arriver à toucher des publics très différents, même si nous voulons avant tout inciter les spectateurs à ouvrir leurs «chakra» musicaux !

La programmation consacre donc la musique sous toutes ses formes - du jazz aux musiques du monde en passant par le classique et la chanson française, le rock, la musique expérimentale - et dans tous ses états : concerts, siestes acoustiques, répétitions, enregistrements d’album et l’enregistrement de l’émission D6bels. Sans oublier le Kidzik, le festival jeune public qui accueille les enfants de 0 à 12 ans et leur famille pour des concerts, des animations et des ateliers d’initiation et de découverte musicale. Chaque année c’est près de 30 000 personnes qui passent par la ferme, dont la moitié pour les productions propres, et 300 abonnés curieux qui choisissent à la carte. C’est un peu notre marque de fabrique, conclut Gabriel Alloing, et la preuve qu’il reste encore quelque chose aujourd’hui de cet esprit d’ouverture des pionniers !


www.fermedubiereau.be