Le cliché d'une Namur endormie à la dent dure. Le règlement communal obligeant les lieux publics du centre ville à fermer à 2h du matin en est peut-être à l'origine. Le Belvédère, lieu  perché entre Citadelle et Théâtre de verdure, investi par quelques passionnés, fait mentir le lieu commun.

Il faut laisser derrière soi les contreforts en terrasse de la citadelle, prendre la route en lacets qui serpente entre les arbres, alors que Namur dévoile peu à peu ses toits et le dôme de sa cathédrale à travers les feuillages. En haut sur le plateau boisé, il faut trouver l'entrée du Belvédère, à gauche du Château de Namur, à droite du magnifique et oublié Théâtre de Verdure. Un amphithéâtre aux gradins de pierre datant de 1908, signé par l'architecte belge et autodidacte Georges Kobé, qui reprend vie chaque année en été le temps du festival Verdur Rock. Un court sentier mène à la petite pépite à moitié cachée en contrebas, une architecture horizontale typique des années 50, construite à l'époque pour abriter le terminal du téléphérique de Namur et coiffé d'un restaurant. Inauguré en 1957, ce téléphérique aux petites bulles ovales biplaces a fait la joie des Namurois et des photographes de cartes postales pendant 40 ans. Jusqu'à ce qu'une étude d'incidence l'oblige à la fin des années nonante à décrocher ses cabines de résine : un bloc de schiste situé sous le premier pylone risquait de se détacher. En 2002, un incendie criminel enlève définitivement tout espoir de réhabilitation ; le bâtiment du terminal continue à se dégrader pour finir par devenir un chancre totalement insalubre.

Depuis 2003, la plateforme Panama organise des concerts «en nomade» dans divers lieux de la ville. Sous l'impulsion du bourgmestre de l'époque, le Belvédère est prêté et fin novembre 2007 se donne  le premier concert du Belvédère. Travaux de remise à neuf de l'ancien restaurant, mise aux normes de sécurité, appel au Réseau de salles Plasma de la Communauté Française pour le matériel technique ; le bel au bois dormant peut enfin se réveiller. Et c'est une sorte de retour aux sources pour les administrateurs du lieu : Je venais ici avec mes parents. On prenait le téléphérique, et en haut, c'était Cécémel et chips au beurre. C'est fou de se retrouver ici aujourd'hui, raconte Philippe Gayet. C'est un endroit un peu mythique pour les Namurois, confirme Christophe Peeters, autre administrateur tout aussi habité par le lieu.

Enjeux et contraintes vs. avantages

Namur se situe à carrefour d'axes autoroutiers et le Belvédère, implanté au sommet de la citadelle, ne génère aucune nuisance sonore. Le club atypique à la décrépitude vintage est donc idéalement positionné. Mais avec une jauge de 200 personnes et des budgets restreints, c'est à nous de trouver les meilleurs compromis entre qualité et découverte, explique Christophe, d'éveiller le namurois, le rendre curieux, et faire venir un public liégeois, bruxellois, voire flamand. Le prix d'entrée, en dessous de la moyenne, est un argument compensatoire quand il faut faire un trajet pour rejoindre une salle de concert. 

La programmation est centrée pop rock et électro, mais aussi musique urbaine, hip-hop, rock dur ou métal. Support pour les futurs acteurs musicaux de la région namuroise et pôle des musiques actuelles, l'ASBL Panama a également pour mission d'accueillir des résidences, répétitions ou mises en condition des artistes pour leurs concerts, des expos photos ou de peintures, des débats, ou encore des ateliers et des workshops. Une fois par mois, le comité de programmation se réunit Tout le monde amène ses idées, ses coups de coeur, et on étudie les possibilités de coproductions. On décide ensemble suivant des critères de qualité et de cohérence d'une offre éclectique, et générique. Une quarantaine d'événements ont été organisés cette année, impliquant une centaine d'artistes. La nécessité absolue est de créer des synergies. Namur est trop petite pour avoir des pôles séparés. On ne peut pas se le permettre. Une quinzaine d'opérateurs culturels ont travaillé en commun pour lancer début novembre la première édition du festival Beautés Soniques programmé dans toute une série de lieux, - dont le Belvédère.

Système D, convivialité et côté festif

Le bâtiment est en constante évolution sous l'impulsion de la dynamique équipe, qui vient de terminer la rénovation de loges. Ses atouts sont avant tout sa situation exceptionnelle et son air de moderne nostalgie. Chaque fois que les groupes arrivent ici, ils sont stupéfaits ; ils adorent la vue, le contexte, la magie du lieu et son côté intimiste. Et ils reviennent, apprécient la pause dans leur tournée de clubs-containers noirs et sans âme. Au royaume de la débrouille, les créatifs sont rois, la convivialité fait le reste. Sans oublier le côté festif : chaque concert est suivi d'une after. Et pour rentrer en fin de soirée? Inscrivez-vous sur le tableau covoiturage à côté du bar. Labellisé Quality Night depuis peu, le Belvédère, prêté jusque fin 2014, continue de regarder au loin.


Le Belvédère
Avenue Marie Artois 1
5000 Namur
T : +32(0)81.81.39.00

www.belvedere-namur.be