Dans un monde musical où les frontières n’existent pas, où les flux migratoires font partie d’un tout parfaitement ouvert et maîtrisé, PaTTon imagine des mélodies transgéniques. Sur la route du changement depuis plus de vingt ans, les frères Bodson mettent leurs instruments au service d’une formule unique : du math-rock qui ne calcule pas, de l’électro court-circuitée par des mots anglais ou français, un jazz totalement libéré. De retour avec l’album C, le duo lance huit nouveaux morceaux sur les traces d’illustres laborantins (Cluster, Battles, PVT, Don Caballero). Mais qu’on ne s’y trompe pas : un groupe de la trempe de PaTTon, il n’y en a pas deux comme ça.

Formation à la longévité exemplaire, PaTTon est là depuis vingt ans. Vos relations ont-elles changé au cours des deux dernières décennies?
Maxime Bodson : La fraternité facilite toute une série de choses – au niveau de l’échange et de la compréhension mutuelle. Paradoxalement, c’est aussi le terreau de multiples tensions: des divergences parfois terribles, des brouilles qu’aucun de nous deux n’oserait en compagnie d’une personne extérieure. Mais ces chamailleries sont antérieures à l’histoire du projet. Depuis l’enfance, on se prend la tête pour les mêmes raisons.

La discographie de PaTTon se résume assez facilement : trois albums en vingt ans. Votre rythme de production n’est pas très soutenu. Comment l’expliquez-vous?
Sam Bodson :
Par essence, notre processus créatif est lent. On chipote énormément. L’architecture des morceaux est assez complexe. Pour arriver à rassembler toutes nos idées sur un disque, on a besoin de temps. Ça tient aussi au fait qu’on enregistre tout nous-mêmes. La production, c’est du fait maison. Comme on est assez minutieux et tenu à des délais de livraison indéterminés, on remanie les chansons, on rectifie quelques sons, on prolonge nos sessions. En trois albums, on n’a jamais arrêté une seule date de sortie officielle. On ne planifie rien. Chez PaTTon, il n’y a pas d’échéance.

Que signifie la lettre C qui orne la pochette du nouvel album?
M.B. :
Déjà, ça se tenait de choisir la troisième lettre de l’alphabet pour un troisième album. Ensuite, comme les chansons de PaTTon naviguent systématiquement entre le français et l’anglais, le « C » semblait parfaitement approprié. Sa prononciation change d’une langue à l’autre, tout comme la signification connotée. D’un côté, on est confronté à « C’est » et de l’autre à « Sea ». On peut aussi voir ce titre comme un clin d’œil à Confetti’s et à la vague new beat des années 1980.

Vos chansons se caractérisent par un parti pris franco-anglais. Ce double emploi des langues, c’est votre marque de fabrique?
M.B. :
Au départ, on chantait exclusivement en anglais. La formule était presque instrumentale. L’usage du français, ça s’est précisé comme une démarche volontaire. Chanter dans notre langue maternelle, ça donne une autre perspective aux textes. Car, au final, l’anglais reste un mode d’expression assez neutre. Après, on ne court pas après un contenu narratif. Passer de l’anglais au français, c’est d’abord l’assurance de toucher à des ambiances musicales radicalement différentes. Chez PaTTon, l’énergie et le rythme diffèrent fortement en fonction de la langue utilisée et ce, indépendamment du sens des mots. Sur C, la voix est utilisée comme un instrument.

Pour la première fois de l’histoire, vos visages apparaissent sur la pochette d’un album. Qu’est-ce qui a motivé ce choix?
M.B.:
Contrairement aux disques précédents, on s’est lancé dans l’enregistrement de ‘C’ avec l’envie de faire quelque chose de simple. On voulait proposer un truc plus ouvert, moins hermétique. Cette démarche se traduit à travers la pochette de l’album. À partir du moment où on souhaitait renforcer la lisibilité du projet, il semblait cohérent de se présenter au public, de dévoiler nos visages, de prendre un tournant un peu plus pop. Cette pochette nous permet aussi d’affirmer la formule duo : à chaque face du disque son portait. Notre démarche est beaucoup moins abstraite que par le passé.


PaTTon
C
Prohibited Records