Amoureux de la musique dans toute sa diversité, chanteur de La Variété, le créateur de Pure FM vit, pense et redéfinit l’usage de la radio au quotidien. Après douze ans passés dans un siège de directeur, Rudy Léonet adopte la vision à 360 degrés pour les besoins de son nouveau poste : coordinateur éditorial - ‘pop culture’. Cette fois, il doit diffuser des ondes communes aux différents médias de la RTBF. De Daniel Balavoine à Pete Doherty, retour sur un parcours atypique.

Quand on pénètre dans le bureau de Rudy Léonet, c’est l’effervescence. Le directeur de Pure FM vient de recevoir la nouvelle compilation éditée par sa radio. Soit deux disques et un paquet de noms. Entre vedettes planétaires (Major Lazer, Editors, Pharrell Williams) et découvertes nationales (Ulysse, Beffroi, Nicola Testa), le casting s’offre un grand-écart à l’image des goûts du patron. Avant d’entrer dans le vif du sujet, on s’installe tranquillement. Petit tour d’horizon : des cadres à l’effigie des stars de la bande FM prolifèrent sur les murs. C’est ainsi qu’on remonte le fil de l’histoire sous le nez (refait?) de Lana Del Rey. Je suis né à Moustier-sur-Sambre, en province de Namur, retrace Rudy Léonet. Enfant unique d’une famille ouvrière, il s’entoure à sa manière : La radio a toujours été une compagnie particulière. Mon premier coup de foudre sur les ondes, c’était la voix de Michèle Abraham. Cette animatrice d’Europe 1 recontextualisait chaque morceau à venir. Elle livrait des anecdotes personnelles en lien avec la musique. On apprenait les secrets de fabrication d’un disque, le jour où elle l’avait entendu pour la première fois. En 1975, c’était nouveau. Elle passait aussi bien du William Sheller que les Byrds, Trust ou Pink Floyd. En plus, elle adorait réhabiliter les cas désespérés: Patrick Juvet, par exemple. Je me souviens qu’elle en avait parlé à l’époque de l’album Paris By Night. Elle expliquait qu’il avait bossé avec le bassiste Klaus Voormann, un proche des Beatles (concepteur de la pochette de Revolver - ndlr). Elle insistait sur le nom du producteur du disque, un certain Jean-Michel Jarre. Elle évoquait l’émergence des sonorités électroniques. Bref, elle parlait de façon artistique et passionnée d’un objet qui, sur le moment, pouvait sembler un peu kitsch. Je crois qu’elle m’a donné envie de faire de la radio. L’oreille collée à son transistor, le regard tourné vers l’avenir, Rudy Léonet envisage la possibilité d’une carrière sur les ondes hertziennes. La RTBF avait un centre de production à Namur. Un jour, j’écris là-bas en demandant si je peux assister à l’émission de Pierre Guyaux et Francis Delvaux. Ils acceptent et là, je suis sidéré par ce que je vois: deux jeunes habillés à la cool qui passent du rock en radio. Je me souviens avoir demandé à Pierre Guyaux s’il était payé pour faire ça. Quand il m’a confirmé qu’il s’agissait d’un vrai métier, j’ai voulu savoir ce qu’il fallait faire comme études. Il m’a dit : IAD. J’ignorais la signification de ces trois lettres, mais il était évident que j’allais m’inscrire là-bas.

Un ami qui vous veut du bien
C’est ainsi que j’arrive à l’Institut des Arts de Diffusion. Début d’année, premier travail : remettre une interview à un prof. Là-dessus, j’envisage de rencontrer Daniel Balavoine. À l’époque, il était souvent fourré à Mons. Il sortait avec une fille de Jemappes, Linda Lecomte. Via via, j’ai réussi à le contacter et le rencontrer. L’étudiant trouve ses marques et achève son cursus avec un mémoire consacré à La programmation de la musique de variété en radio. Dans ce cadre, il se rend à Radio Cité, antenne de la RTBF fondée par Marc Moulin. Inspirée par les formats anglo-saxons, cette station introduit en Belgique des concepts comme l’habillage, les jingles et une façon de parler propre à la bande FM. À la fin de l’entretien, Moulin me propose du boulot. Il me dit: Si tu veux, tu commences chez nous samedi. Mais t’emballes pas : c’est juste pour décrocher le téléphone! 

Quelques jours plus tard, Rudy Léonet s’affaire au combiné pour répondre aux appels des concours Radio Cité. En acceptant ce job, j’avais un pied dans la place. Après, il fallait encore transformer l’essai…

Au mitan des années 1980, Radio Cité disparaît pour laisser place à Radio 21. Le temps passe et en 2002, Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, repense l’offre radio et télévision via le plan Magellan. Après réflexion, il ressort qu’il faut diviser Radio 21 en deux pour toucher des publics différents. Sur le principe, j’y étais favorable. Radio 21, c’était l’ancien modèle : un puzzle constitué de talents variés, mais sans esprit collectif. Là-dessus, j’ai rentré un projet. La version bêta s’intitulait « énergie ». On misait sur les jeunes, les 18-35 ans. La direction m’a fait confiance. On a monté une équipe et planché sur un nom. C’est Pure FM qui est sorti. Dans un premier temps, on a cherché à débusquer tous ceux qui n’allumaient plus la radio ou qui l’écoutaient par ailleurs. On a créé un logo, une image à travailler au quotidien. Quelque chose à faire exister, en dehors des ondes, sur les réseaux sociaux et les supports traditionnels. Ensuite, on a assuré une présence sur des événements phares. Miser sur un festival comme Les Ardentes, par exemple, c’est intégrer un écosystème. Si cela fonctionne correctement, tout le monde y gagne. Et puis, on a développé l’optique découverte en accentuant un rapprochement avec nos talents locaux. À l’époque, entre Jeff Bodart et Marka, il n’y avait pas grand-chose à proposer au public cible. J’avais envie de trouver des artistes qui avaient l’ambition de se frotter aux standards internationaux. En 2004, les musiciens francophones ne sortaient pas de leur trou parce que personne ne leur faisait confiance. Les maisons de disques ne suivaient pas: elles savaient qu’il n’y avait pas de relais. En Flandre, le circuit était organisé et bien relayé par Studio Brussel. Avec Pure FM, on est parti d’une page blanche. Aujourd’hui encore, j’aspire à faire découvrir nos artistes à la radio. À l’heure où YouTube est incontournable dans la diffusion musicale, il paraît qu’on achète toujours des disques sur recommandation d’un ami, quelqu’un en qui on a confiance. Pure FM doit être cet ami.

Des punks, Indochine et La Variété
En marge de la radio, Rudy Léonet s’est fait un nom dans la chanson avec le groupe La Variété. Ce projet découle d’un challenge. À un moment, je collaborais avec le Télémoustique. J’écrivais des critiques de disques. Mon travail journalistique s’inspirait de la littérature rock. J’ai été bercé là-dedans. J’ai grandi avec les punks, pas avec les hippies. Du coup, mes chroniques étaient assez violentes. Certains artistes me l’ont reproché, insistant sur le fait que je ne tenais pas compte du boulot des musiciens. Je me suis alors lancé un défi : écrire des chansons. C’est parti comme une blague. Finalement, avec l’aide de Marc Morgan, Alain Debaisieux et Bernard Dobeleer, c’est devenu une réalité. En 1993, La Variété a sorti un album (Pour la gloire). On a fait une tournée avec Jean-Louis Murat. Après deux ans, j’ai raccroché le micro au vestiaire. Mais je n’ai pas vraiment lâché l’affaire… Parolier pour Indochine, Das Pop ou Sneaker Pimps, Rudy Léonet prête volontiers sa plume aux artistes émergents. Récemment, j’ai imaginé des paroles pour un morceau de Mademoiselle Nineteen. Écrire des textes pour les autres, c’est vraiment un truc que j’adore.

Après douze ans passés à la tête de Pure FM, Rudy Léonet s’apprête à quitter ses fonctions. Je pars avec le sentiment d’avoir mis sur pied un interlocuteur crédible aux yeux du business. Mon meilleur souvenir ? À titre personnel, je penche pour la soirée des cinq ans de la radio au Botanique. Je voulais faire venir Pete Doherty. Tout le monde me disait qu’il ne viendrait pas et que, même s’il se pointait, il serait incapable de monter sur scène. Au final, il est venu et a joué un set solo incroyable, magique. Il a même chanté « Joyeux anniversaire Pure FM ». Rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux. Fin juin, l’homme de radio endosse une autre fonction : Coordinateur éditorial 360° - ‘pop culture’. Un titre compliqué pour une mission limpide : Il s’agit de trouver des axes communs aux médias de la RTBF, faire en sorte que le résultat soit supérieur à la somme des parties. Ça demande du discernement. Je vais devoir respecter l’autonomie des différentes chaînes en proposant des sujets qui seront susceptibles d’intéresser tout le monde. Ce nouveau job va me demander d’être convaincant, d’aller taper sur les épaules des uns et des autres avec de chouettes propositions. À bon auditeur…