Cédric Castus a donné son nom de famille à un projet qui voit grand : un clan où l’on croise des musiciens hors-pair, des artistes hors-norme. À l’écart des sentiers battus, Castus signe Orca, un troisième album mutant, puissant, espiègle et cinématographique. Un monde fantasmagorique qui évoque les avancées instrumentales de Ratatat et Tortoise, les bandes-sons conçues par John Barry et autres génériques entendus à la télé. Tout un programme.

À ses débuts, en 2010, on identifiait Castus comme un projet solo. Avec le temps, c'est devenu un groupe. Aujourd'hui, l’affaire s’affirme même dans la collectivité. Quand on bosse seul, on termine toujours au fond d’une voie sans issue, certifie le cerveau des opérations. Je pense qu’il est nécessaire de laisser venir des gens progressivement, en essayant de comprendre qui peut faire du bien à la musique. Et pour quelles raisons. Désormais, je peux compter sur les services d'une belle bande. En rang serré derrière le chef d’orchestre, on aperçoit en effet la basse de Frédéric Renaux (He Died While Hunting), les baguettes de Boris Gronemberger (V.O., Girls in Hawaii) et une incroyable panoplie de guitaristes: François Shultz (Hoquets), Clément Marion (Le colisée, JoieJoieJoie, Lomboy), Franck Baya (FùGù Mango) ou Stéphane Daubersy (Françoiz Breut). À y regarder de près, cette formation a presque des allures de Supergroupe. Humainement, c’en est un, assure le patron. Ce sont des gens que j'adore. Ils me font confiance et me suivent, tout en sachant que c'est un projet compliqué, un peu fauché, pas forcément facile d'accès. En plus, tous ces musiciens sont expérimentés et autonomes. Pour compléter le tableau, Castus peut aussi compter sur les projections du cinéaste Julien Bechara, clippeur (chez les Hoquets, Girls In Hawaïï ou Moaning Cities), producteur de films et autres documentaires (Manneken Swing, Not Here, Monsieur Etrimo). J'adore les images qu'il propose, sa façon de les filmer. Julien a parfaitement intégré mon univers. Au niveau de l'imaginaire, on est parfaitement en phase. Tout ce beau monde s’affaire aujourd’hui autour du troisième album, baptisé Orca en hommage à un thriller américain de 1977. Dans ce film, il y a une scène d’anthologie pendant laquelle un vieux bonhomme se bat contre un orque. J'entretiens un souvenir hyper romantique de ce long métrage. C'est ce qui m'a poussé à donner son titre à l'un des nouveaux morceaux, puis à l'album. Intrigué par mon enthousiasme, Clément a téléchargé Orca pour le regarder.  Son point de vue était sans appel : il s’agit d’un navet. Par la suite, les autres musiciens m'ont confirmé que le film était moisi. En attendant, je suis resté fidèle à mes idéaux. Pour moi, ce film demeure un excellent souvenir cinématographique. À la fin, le vieux est coincé sur un iceberg et l’orque tourne autour pour le bouffer. C’est fort.

Orca tient en dix morceaux et trace la route en moins d'une demi-heure. C'est dense, bien barré, intense, parfois psyché. Les musiciens s'échangent des lignes de guitares dans un dialogue permanent, ultra ludique. La visée instrumentale du projet tend ici à s'assouplir. Des voix azimutées filtrent en effet sous les portes et quelques cris modulés passent par la cheminée. Cet album marque la fin d’un chapitre. Il vient sceller un triptyque. Esthétiquement, mes trois premiers disques se tiennent. À mes yeux, ils forment une entité, un tout cohérent. Même si ce dernier volet est certainement mieux produit.

Par le passé, Castus avait l'habitude d'inviter de drôles d'objets dans son cabinet des curiosités : une machine à café italienne et autres porte-clés en forme de canard venaient festoyer entres les guitares pour infuser les morceaux de sons bizarres, de bruits étranges. Je ne change pas mes habitudes. Cette fois, j'ai utilisé du sèche-cheveux, une boîte-à-musique et quelques ustensiles chipés par-ci, par-là. 

Come on baby, light my Fender
Sur la pochette du nouvel album, on entrevoit un poulpe en extension sur la carcasse d'une guitare calcinée. Il s'agit de la dépouille de ma première Fender, ma guitare fétiche. Elle a brûlé dans l'incendie d'un chalet l'hiver dernier. Heureusement, il n’y a pas eu de victime. Par contre, toute la baraque est partie en fumée… Dans les décombres, on a retrouvé ma gratte, sa housse et mon agenda. Le poulpe, c'est une pieuvre. On la représente souvent dans les arts contemporains. Elle est également fort appréciée en gastronomie. La pieuvre symbolise une personne accaparante et dévorante. Autrefois, cet animal était aussi considéré comme un monstre marin. J’aime le rapport totalement ambigu et inexpliqué entre cette bestiole gluante et cet objet carbonisé. À l’image de ce visuel énigmatique, la musique de Castus ne s’explique pas. Elle se vit, à cent pour cent, dans un interstice ultra stimulant où virevoltent les cendres du krautrock, quelques gadgets, les musiques de film de John Barry ou Henry Mancini, les décors sonores de Ken Thorne et tous les fondements du (post-) rock indépendant. Soit les composantes d’un disque aventureux, jouette et terriblement ambitieux.

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Orca
Matamore