Longtemps perçus comme de tendres hurluberlus, les musiciens de Joy as a Toy se détachent des films d’horreur, du « vampire rock » et de tout ce qui fait un peu peur (des improvisations free-jazz aux démonstrations prog-rock) pour se concentrer sur l’enregistrement d’un disque fascinant. Mourning Mountains est un sommet ensoleillé, un pic à escalader sans corde ni mousqueton. Juste pour le sport, l’ivresse, la satisfaction d’apercevoir de nouveaux horizons et d’écouter de belles chansons : des harmonies vertigineuses et quelques mélodies à siffler en altitude. Histoire de prendre de la hauteur.

Au moment où l’on retrouve le bassiste et chanteur Gilles Mortio, il s’affaire dans un studio bruxellois situé à deux pas de la rue du Trône. Au taquet, le musicien peaufine les derniers détails du troisième album de Joy as a Toy. Souvent annoncé, régulièrement reporté, l’objet surgit enfin dans l’actualité. Pour gravir les chansons de Mourning Mountains et graver une œuvre à la hauteur de ses ambitions, le groupe s’est imposé une ascension compliquée : une montée escarpée, riche en rebondissements. Avec ce disque, on a tout remis en question, résume le chanteur en arrosant une plante totalement déshydratée. Sorti en 2012, le précédent Dead as a Dodo invitait le rock progressif à gesticuler sur une bande-son fantastique. À l’époque, nous avions répondu à une invitation lancée par le BIFF (Festival international du film fantastique de Bruxelles - ndlr). L’idée, c’était d’écrire des morceaux inspirés par le cinéma de Dario Argento ou George A. Romero : des films d’horreur dont la musique a été composée par le groupe italien Goblin. Nous ne sommes pas fans de ce genre de truc, mais le défi nous excitait. Imaginé dans le prolongement de cette expérience cinématographique, Dead as a Dodo impose un son puissant, des refrains de série B et une chasse aux zombies sans véritable chanson. Soit un album intriguant, mais jamais renversant. Massacrée (à la tronçonneuse), cette production a néanmoins le mérite de jeter les dés du changement…

Se mettre en quatre

Début 2014, Joy as a Toy relance la machine. Le batteur Jean-Philippe De Gheest (collaborateur de Mark Lanegan), le guitariste Clément Nourry et Gilles Mortio prennent la route d’Anvers en vue de bosser avec Pascal Deweze (ex-Metal Molly, Gruppo di Pawlowski). Il a produit d’excellents groupes belges (Bed Rugs, The Germans ou Creature With The Atom Brain - ndlr). Pascal nous semblait en mesure de faire avancer le projet. Mais, très vite, il a mis le doigt sur nos défauts : des choses que nous savions déjà avant de pénétrer dans son studio. Par le passé, Joy as a Toy s’est souvent compliqué la vie, édifiant des architectures élaborées, des chansons virtuoses et vertueuses. Le problème, c’est que ça n’impressionnait personne. Nos propositions étaient alambiquées et, au final, on passait à côté de l’essentiel. Cette fois, nous avons simplifié la donne, en essayant d’aller directement au cœur du morceau, sans refouler les mélodies. Imaginé tel un kaléidoscope réfléchissant les facettes d’une pop multicolore, le nouveau Mourning Mountains rassemble huit points culminants sous un titre qui, traduit littéralement, signifie « les Montagnes du Deuil »... Si les paroles sont parfois douloureuses, nous avons toujours veillé à soigner l'habillage musical. Ici, nous ne sommes jamais dans la complainte, souligne Gilles Mortio. Jouant intelligemment sur les contrastes, Joy as a Toy injecte effectivement un maximum de couleurs dans un monde qui, trop souvent, broie du noir à force de ressasser des sujets d’actualité en crise, en berne ou ensanglantés. Sur Mourning Mountains, les voix sont parfaitement posées. La batterie ne tente plus le geste technique de trop et les guitares s’expriment sans débordement, en harmonie. Revigoré, en état de grâce, le groupe bruxellois s’approprie la mélancolie bucolique des Kings of Convenience (The Satisfaction Key) ou les belles escapades épiques de Grizzly Bear (Cowboy Mode). Sur Ghost Train, les riffs s’échappent même en Afrique de l’Ouest, galopant sur des sentiers de terres rouges tracés à même la savane. Cette fois, on ne s’est fixé aucune limite. Il nous est d’ailleurs arrivé d’enregistrer dix versions d'un seul et même morceau. Pour nous, tout est bon à prendre. On ne cherche jamais à coller une étiquette sur notre son. Dans Joy as a Toy, tous les musiciens viennent du jazz. À travers nos chansons, nous essayons sans doute de retrouver la force originelle d’un genre qui doit beaucoup à l’improvisation et à la liberté d’expression. Depuis quelques mois, le trio s’est métamorphosé en quatuor. Le truc, c’est que nous avons toujours composé des morceaux pour soixante musiciens. Alors que nous étions trois. C’est pour ça que nous avons engagé les dix doigts d’une musicienne supplémentaire. C’est assez schématique, mais ça explique bien pourquoi nous avons fait appel à Alice Perret. Une violoniste aux claviers, des idées décalées totalement recadrées, décidemment, Joy as a Toy ne fait rien comme les autres. Une raison de plus pour les aimer différement.

www.joyasatoy.com

 

NEW ALBUM

Joy as a Toy
Mourning Mountains
Humpty Dumpty/[PIAS]

Release party le 23.09 aux Ateliers Claus (Bruxelles)