Après l’excitation suscitée par un premier disque tribal et trippant, les deux Montois de La Jungle explorent de nouvelles parcelles sonores : des terres à défricher en serrant les dents, des terrains à cultiver autrement mais, toujours, avec les mêmes instruments (une guitare électrique, une batterie épileptique). Increvable, hyperkinétique, le deuxième album du duo promet des transes sans fin et quelques nuits sans lendemain. Sauvage, dansant, suave et toxique. Kraut, math ou noise : le rock de La Jungle fait la loi.

Une guitare, une batterie. La formule est rudimentaire, connue, éprouvée mais pas encore épuisée. Du côté de Mons, La Jungle l’exploite comme si c’était la dernière fois. Sous ce nom de scène verdoyant se cachent deux musiciens en manque de sensations fortes. À gauche, il y a la barbe rousse du batteur Rémy Venant, jamais aperçu auparavant. À droite, on trouve Mathieu Flasse. Ce dernier a connu une autre vie avant de s’aventurer dans La Jungle. D’abord au sein du groupe The Dancing Naked Ladies, ensuite en compagnie de Petula Clarck. Être à deux, ce n’est pas une déclaration d’intention ou un plan de carrière, explique-t-il. On aurait très bien pu se retrouver à trois. C’est juste que nous n’avons pas trouvé la bonne personne pour nous suivre au moment où nous avons commencé. Je ne suis pas contraire à l’idée de m’investir avec d’autres musiciens. Mais uniquement des locomotives, pas des wagons. Tirer des gens en répétition ou les pousser dans le dos pour monter sur scène, je ne suis plus prêt à le faire. J’ai donné.

La Jungle voit le jour en juin 2013 dans la Cité du Doudou. On s’était rencontré quelques mois plus tôt en s’impliquant dans le collectif Déwane. L’idée, c’était d’organiser des concerts à Mons et, éventuellement, de mettre un petit label en place. Depuis sa création, l’association a publié cinq disques et organisé une cinquantaine de spectacles dans des lieux alternatifs de la ville : cafés, clubs et autres endroits insolites. Dans le même temps, le duo élabore une recette instrumentale sans chichi : une musique dopée par des riffs répétitifs et d’impressionnantes éruptions de percussions. Dans ses intentions, La Jungle recalcule la trajectoire math-rock établie par Battles et détale à pieds nus sur les charbons noise-rock de Lightning Bolt. Parfois, la paire hypnotise aussi le krautrock comme un charmeur de serpent envoûte sa bestiole. Et puis, à la façon des Japonaises de Nisennenmondai, les Montois débitent du post-rock sur le dancefloor. De quoi gesticuler en agitant les cheveux. Bref, Rémy Venant et Mathieu Flasse balancent du lourd, du gros son : une matière incandescente qui brûle ses calories dans la transe.

Cocotier, pastèque et guillotine
Enregistré au studio Koko en compagnie de l’ingé-son John Roo, le premier album de La Jungle sort du bois en janvier 2015. Au départ, rien n’était réfléchi, expose le batteur. Nous avons simplement publié ce disque pour le vendre à la sortie des concerts. Depuis, La Jungle flirte gentiment avec la barre des 150 prestations. Sur scène, la performance du duo tient de l’exploit olympique : un show robotique, maîtrisé, électrique et exaltant. À force de concerts renversants, La Jungle s’est fait un nom. Une solide réputation. Du coup, certains attendent notre deuxième album au tournant. Cela dit, on n’a rien précipité ou forcé à cause de la pression. Pour la bonne et simple raison que nous avions déjà composé la suite. À l’été 2015, le disque était plié. Il fallait juste trouver le temps de l’enregistrer... Echafaudé en mode nomade sur les terres du Pays Noir, le nouvel essai de La Jungle s’est matérialisé entre le Rockerill, le Vecteur et les studios de Steve Dujacquier, metteur en son féru d’ovnis wallons (on le retrouve, notamment, à l’œuvre en compagnie du groupe carolo-italiano-gigolo Spagguetta Orghasmmond). Pour ce deuxième album, nous voulions emmener notre musique ailleurs, détaille Matthieu Flasse. Un objectif atteint haut la main. En cinq titres, La Jungle façonne en effet une fresque électrique en trompe-l’œil. Un impressionnant mur du son qui semble profilé pour jouer à cache-cache avec l’électro. Pourtant, tout a été réalisé avec la guitare, annonce fièrement le musicien. Pour son comparse, ça ne fait d’ailleurs aucun doute : l’essence du projet reste le rock.

Pour la deuxième fois de son histoire, le groupe publie un album sans titre. L’objet déambule ainsi dans son plus simple appareil, sous l’enseigne « La Jungle ». Ça ne nous semblait pas naturel de lui trouver un nom. Dans le doute, on n’en a pas mis. On aime penser que le public fera une distinction sur base de la pochette. Cette fois, plus l’ombre d’un cocotier enlacé sur l’emballage. À la place, une guillotine se charge d’exécuter quelques pastèques. C’est l’œuvre de Gideon Chase, un peintre et illustrateur californien. C’est lui qui avait réalisé l’iconographie du premier. On cherche à relier nos disques via les visuels. C’est cohérent. De bout en bout.

www.lajungle.bandcamp.com

La Jungle
La Jungle II
(Rockerill Records/Black Basset Records)


Releases parties

MONS > SAT 15.10
La Fabrique des Singes
The Three-Brained Robot (Us)

CHARLEROI > FRI 18.11
Rockerill
Mont-Doré (Be) + BLURT (Uk)

BRUXELLES > THU 1.12
Atelier 210
TOTORRO (Fr) + Rince-Doigt (Be)