L'extension de la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, l'Aile de Launoit, donne de l'air aux projets  de l'institution et l'installe définitivement dans une ère contemporaine.

Le paquebot moderniste de la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, déposé dans un parc à la lisière du bois d'Argenteuil, a été inauguré en juillet 1939. Le magnifique bâtiment à l'architecture emblématique (entretemps classé) et dessiné par le liégeois Yvan Renchon, dont il semble que ce soit la seule œuvre conservée, a toujours été un lieu d'excellence à l'aura solennelle. Un lieu tout entier dédié à la formation musicale, selon le projet de la Reine Élisabeth et du musicien belge Eugène Ysaÿe. En 2004 avait été lancé un ambitieux renouveau programmatique. De 12, le nombre de résidents était passé à 24 et les domaines de formation à 6 : violoncelle, chant, musique de chambre et alto venant successivement s'ajouter aux deux disciplines historiques, violon et piano, sous la supervision de six maîtres, désormais en résidence.

La prestigieuse institution avait besoin de déployer ses activités et la nouvelle Aile de Launoit, inaugurée fin janvier, favorise l'envol international de la Chapelle, qui s'offre aujourd'hui plus de 3500 m² de résonance en doublant sa superficie. C'est aux bureaux d'architectes L'Escaut, et son fondateur Olivier Bastin, en collaboration avec Synergy International,  celui de Sébastien Cruyt, qu'a été confiée la mise en musique de l'extension. Orientée au sud, la façade de la nouvelle aile, long rectangle horizontal, s'efface, toile de fond tendue devant la forêt, et ancre le vaisseau moderne dans le paysage tout en lui conservant sa prééminence blanche. Un beau geste d'intégration et de respect. La double peau vitrée laisse apercevoir le rythme de poutres verticales qui succèdent aux troncs des arbres et s'anime d'une séquence musicale pixellisée d'Eugène Ysaÿe. Au motif vibrant sous les reflets répondent les mouvements des branches et des feuillages environnants.

Espace public, incubateurs privés

Tourné vers la lumière, vers le monde extérieur, le couloir principal derrière sa paroi de verre dessert sur toute la longueur du bâtiment les différents nouveaux espaces : les studios, 2 salles de répétition, une plus grande de concert et d'enregistrement (250 places), sans compter, à l'étage inférieur, un restaurant et les  lieux de vie des résidents.

Des bruits d'installation d'une équipe télé, une conversation téléphonique en langue étrangère…  mais pas un son dans ce couloir qui ressemble à de la musique. Il faut attendre l'ouverture successive des doubles portes qui équipent chaque chambre pour se rendre compte de l'activité musicale intense qui règne à l'intérieur. Chaque espace est « une boîte dans une boîte », explique Bernard de Launoit, petit-fils de celui qui offrit à l'époque son terrain pour l'implantation de la Chapelle et dont la nouvelle aile a reçu le nom. L'acoustique a été travaillée par un bureau spécialisé. Aucun volume n'est complètement symétrique, ce qui donne une réverbération de son plus sèche et beaucoup moins fatigante pour les répétitions. Dans la nouvelle salle de concert tout de bois clair, le mouvement de volets en chêne perforé permet de moduler les impressions auditives. Côté façade arrière, toutes les ouvertures s'échappent sur le spectacle de la forêt, magnifique caisse de résonance visuelle et émotionnelle aux sons qui se travaillent et se développent ici. Un environnement proche de la perfection pour les musiciens qui auront la chance d'y répéter, d'y jouer, pour la cinquantaine d'étudiants (belges et internationaux) plus que prometteurs sélectionnés. Nous recevons de plus en plus de candidatures. Et, déjà, des demandes d'enregistrement dans la nouvelle salle, poursuit le président, qui cite au passage l'exemple d'une célèbre villa italienne au service de la littérature, déjà mentionnée en 39 par un critique, qui avait alors comparé la Chapelle à une « Villa Médicis moderne ».

Intégration

Un des axes de travail mis en avant en 2004 visait l'insertion professionnelle. Les jeunes musiciens, une fois diplômés, éprouvaient, comme n'importe quels autres étudiants, des difficultés à intégrer le monde du travail. Aujourd'hui, le processus est fluide : plus de 200 concerts, certains impliquant les élèves, sont organisés en collaboration avec d'autres partenaires musicaux de premier plan. Les élèves sont baignés en permanence dans un milieu professionnel. La Chapelle, reconnue fondation d'utilité publique depuis 2009, s'ouvre vers l'extérieur, multiplie les expériences, sort d'un mythe de carcan autarcique : une idée sans doute renforcée par l'isolement des finalistes du concours Reine Élisabeth, qui doivent répéter un morceau imposé pendant une semaine, totalement isolés du monde. Le grand public est invité le 13 juin à découvrir les nouvelles installations, une série de concerts se profile pour le mois d'octobre. Monsieur de Launoit regarde déjà plus loin, ou revient vers l'avant-plan, c'est comme on veut : outre une réflexion sur une appellation moins compliquée, s'ébauche le projet de la rénovation de la maison historique, dont une partie du mobilier art déco est classée… La boucle serait bouclée.

http://musicchapel.org