Après les succès en trio qui n’ont jamais été démentis, Igor Gehenot a décidé d’orienter légèrement différemment sa musique. Il vient de former un quartet avec le bugliste français Alex Tassel, le batteur luxembourgeois Jérôme Klein et le bassiste suédois résidant à Paris, Viktor Nyberg. Avant une tournée en Belgique et au Mexique, le pianiste dévoile un coin de Delta présenté le 11 mars à l’AB.

 

Ce nouveau projet est-il un one shot ?
Oh non, j’ai clairement envie de le faire évoluer. J’aime bien les one shot, mais j’ai plutôt tendance à travailler sur le long terme. C’est le cas à nouveau ici et j’espère pouvoir jouer avec ce nouveau groupe quatre ou cinq ans, voire plus, pour bâtir quelque chose de solide.

Le trio va-t-il continuer à exister pendant ce temps-là ou est-il mis un peu au frigo ?
Le trio existe toujours et est toujours prêt à jouer. Mais il est clair que le nouveau projet prend un peu le dessus actuellement et qu’il occupe beaucoup mon esprit.

Pourquoi avez-vous voulu ce quartet ?
Le premier trio date de 2009 et j’avais envie de changer un peu de rôle. Je suis toujours leader mais mon rôle au piano est différent. Puis certains disques en quartet de la grande époque m’ont toujours pas mal intrigué. C’est pour cela aussi que le line up est différent, pour créer une rupture. Après trois albums, je m’étais posé pas mal de questions, à savoir si je refaisais quelque chose en trio ou avec une chanteuse. Mais je ne voulais pas tomber dans l’évidence. Avec une chanteuse je risquais d’être connoté trop pop. Ma musique, qui est du jazz, est d’un abord assez simple, et c’est ce que je recherche, mais il faut éviter la facilité et les clichés. Le bugle, qui est un instrument chanteur, me permet de garder l’essence de ma musique, d’être mélodique et de rester très jazz.

Que voulez-vous dire par changer de rôle au sein de ce quartet ?
J’ai toujours eu l’habitude de jouer l’harmonie et la mélodie dans mon trio. Ici, je peux laisser la mélodie au bugle et me laisser de l’espace pour enrichir plus encore les harmonies. Il y a moins de pression sur mes épaules. En tous cas au niveau des thèmes, par exemple. On peut les jouer à l’unisson, bien sûr, mais ensuite, je peux enrichir dans l’accompagnement.

Cela aurait pu être un sax ou une guitare ? Vous avez choisi le bugle.
C’est un son que j’adore. C’est fragile et fort à la fois. Et puis j’ai fais appel à un vrai bugliste, Alex Tassel. Son phrasé, très doux, se marie très bien avec ce dont j’avais besoin dans ma musique. Il y a quelques moments atmosphériques, avec de légers effets qui donnent la véritable couleur que je cherchais.

Comment avez-vous rencontré et choisi Alex Tassel ?
Je connais sa musique depuis le début. En 2005 je regardais et étais attiré par sa musique et celle d’Electro Deluxe. Je l’ai vu plus tard avec Stéphane Huchard au Festival de Vienne puis au Festival des Libertés avec Da Roméo. Je suis épaté par le choix de ses notes. C’est très à propos et très classe. Quand le Marni m’a proposé une carte blanche, j’en ai profité pour l’inviter. Je lui ai envoyé ma musique, ça lui a plu, on a commencé à travailler. Ça a collé rapidement.

Vous partiez dans l’inconnu ou presque, avec Nyberg et Klein également, c’était un risque.
C’était risqué mais j’avais préparé les choses. Je connaissais et j’avais déjà joué avec Jérôme, qui possède un groove que j’adore, qui joue avec les silences, qui reste à l’écoute. Et j’avais rencontré Victor Nyberg à Liège avec Pierrick Pedron. On a eu peu de temps pour répéter, il y a peut-être eu quelques erreurs au début, mais l’important était de garder la spontanéité et de voir ce qui fonctionnait et de focaliser la musique là-dessus. Après trois ou quatre concerts, on avait tous la musique dans l’oreille et dans les doigts et l’enregistrement fut un vrai plaisir.

www.igorgehenot.com

release party le 11 mars à l'Ancienne Belgique (Bruxelles)

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Igor Gehenot
Delta
Igloo Records