Oiseau de nuit, DC Salas soigne ses peines de cœur en dansant. Entre réflexion et abandon, désillusions et bonnes vibrations, la musique du producteur bruxellois affleure sur les microsillons de The Unspoken, premier album infusé de sons trippants, sensibles, ultra magnétiques. Porté par sa passion pour les matières synthétiques, l’artiste malaxe house, techno et electronica dans dix morceaux autobiographiques : des non-dits qui veulent dire beaucoup.

Diego Cortez Salas, 29 ans, est un vrai Bruxellois. Du genre à aimer sa ville. Cet amour, je le dois à mon père, confie-il, perché sur les hauteurs d’un rooftop du quartier de la Bourse. Quand j’étais gamin, nous étions toujoursfourrésà la rue du Midi, chez les disquaires.Mon père collectionnait les CD’s. À la maison, il y avait de la musique dans chaque pièce. Partout, tout le temps. C’était comme un battement continu. Le tempo est donné. Très jeune, le garçon répond à l’appel du beat. L’électro entre dans ma vie, en 1997, avec la découverte de Daft Punk et l’album Homework. La même année, il y a eu The Prodigy aussi, avec The Fat Of The Land. J’ai vécu ces deux sorties comme des électrochocs. Adolescent, Diego s’investit dans une petite radio locale. J’avais une émission. J’invitais des DJ’s et producteurs à l’antenne.Un jour, je reçois Cosy Mozzy. J’étais obsédé par sa boîte de nuit, le Dirty Dancing. Problème ? J’étais trop jeune pour y entrer. Et là, après l’interview, il me propose un ticket d’entrée. Sans le savoir, il réalisait un de mes rêves. C’était comme si le génie sortait de sa lampe pour m’ouvrir les portes du clubbing. Pendant trois ans, c’est devenu mon rituel du samedi soir. C’est comme ça que j’ai prolongé ma culture électronique. Avec l’argent de son premier job étudiant, Diego achète quelques vinyles et deux platines. Couvé par les uns, poussé par les autres, il passe des disques en club avec la permission de papa et maman. Quelques soirées plus tard, le premier morceau de DC Salas voit le jour dans un avion. Un Airbus A350 qui relie Lima à Bruxelles. J’ai passé tout le vol sur le logiciel Ableton. En débarquant à l’aéroport, j’avais bouclé Peru. Le titre sort en 2010 via Doctor Vinyl Records. Sept ans plus tard, DC Salas signe finalement un véritable album. J’ai mis du temps à me lancer. Album, pour moi, c’est un mot sacré. Pas question d’empiler des morceaux ou de compiler des singles. Je devais nécessairement penser le truc de A à Z, raconter une histoire. Je ne savais pas trop par où commencer. Jusqu’au jour où je me suis fait larguer. Cet épisode m’a sérieusement chamboulé. Paradoxalement, il a débloqué la situation. D’un coup, je possédais le bagage nécessaire pour enregistrer un album…

Ascenseur émotionnel 
L’écoute de The Unspoken soulève des réminiscences électroniques en flux continu. Sous les beats de DC Salas, on perçoit notamment quelques principes fondateurs du label Kompakt. Ça reste une de mes références absolues, reconnaît le DJ bruxellois. Dès que j’ai commencé à écouter des choses plus pointues, je me suis tourné vers les productions du label allemand. Les premiers disques de Gui Boratto, Sascha Funke ou Superpitcher, par exemple, m’ont vraiment influencé. Cette façon de réconcilier mélodie et efficacité sur le dancefloor se retrouve d’ailleurs au cœur de ma musique. Hommage candide à tout un pan de l’électro moderne, l’album de DC Salas éponge des sonorités piochées ici et là, chez Ivan Smagghe, Miss Kittin (une impression renforcée par les voix de Joy Wellboy), Isolée ou John Talabot. Baptisé The Unspoken, ce premier album est aussi le prolongement sonore du tatouage « non-dit » qui s’allonge sur le bras de l’artiste. Il fait référence à toutes les choses que je suis incapable d’exprimer autrement qu’avec des sons, explique-t-il. Tous ces non-dits expliquent le titre de l’album et les raisons de ma rupture sentimentale. Ce disque est une thérapie. Chez moi, certains sentiments ne passent que par la musique. J’ai donc ressenti le besoin de les exprimer. Il fallait que ça sorte. Bande-son magnétique d’un itinéraire romantique voué à l’échec, The Unspoken recolle les morceaux d’une vaste fresque sentimentale : une belle histoire à l’issue fatale. Du premier baiser à la dernière étreinte, le BPM vacille, vrille, oscille entre euphorie et mélancolie. Le cœur connecté à ses machines, DC Salas s’abandonne dans la musique. Son pouls s’accélère, le beat palpite. Quête initiatique sous dopamine, The Unspoken est un ascenseur émotionnel : une machine à danser qui monte et descend. De hauts en bas. De la séparation à l’acceptation. Morceau apaisant, Everything Happens For A Reason témoigne ainsi du chemin parcouru. Tout arrive pour une raison. C’est une évidence : ce disque n’est pas là par hasard.


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Au Reflektor le 17 novembre et aux Transardentes le 18 novembre

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DC Salas
The Unspoken
Biologic Records